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“La Demeure du chaos”: CECI EST UNE ŒUVRE.

“La Demeure du chaos”: CECI EST UNE ŒUVRE.

Tentons, en ces quelques lignes, de faire une mise au point sur la sémiologie et la définition de l’œuvre en se limitant à une étude formelle, son statut, ses influences.

L’aphorisme récurrent depuis la Renaissance qui voudrait que l’art ait pour but d’intégrer et d’ordonner la profusion d’informations émises par le monde extérieur est en ce XXIe siècle des plus importants. Cependant, ce n’est bien sur pas là son seul rôle. Avec Duchamp, il se devait de susciter des interrogations, d’engendrer des processus mentaux, de troubler, provoquer des prises de conscience. C’est en parfaite connaissance de ces axiomes qu’à pu se dévoiler l’œuvre monumentale. Soulignons de prime abord son caractère dual. On nommera “Demeure du chaos” la partie visible, la réalité tangible,le sensible et “L’esprit de la salamandre” le contenu implicite, ésotérique, l’intelligible.

L’œuvre fonctionne en deux temps. Malgré son aspect très riche et dense, celle-ci est avant tout conceptuelle (un dépassement des projets d’Art and Langage), ou pour reprendre le titre de la célèbre exposition de 1969 qui a vu le mouvement naître “Quand les attitudes deviennent formes” (Kunsthalle Berne, Harald Szeemann)
D’un point de vue formel, la genèse de l’œuvre, la maturation du concept lui-même, rappelle les enjeux ambitieux de l’art conceptuel ou l’idée primait sur l’acte, ou comment permettre à l’art d’être art. Puisque l’art est “cosa mentale” selon Leonard de Vinci, tout artiste qui privilégie le disegno participe de l’art conceptuel.
Ce qui est conceptuel dans ce projet c’est le dépôt dès 1999 de l’œuvre. Avant même sa réalisation, l’œuvre existait. Le postulat de départ étant de transformer un domaine bourgeois en œuvre, ou comment révéler les failles inhérentes au système, contourner légalement les codes et les décrets, pour s’exposer au regard de Thémis, protectrice des Auteurs depuis le 11 Mars 1957.
Pour Sol Le Witt par exemple, tout le cheminement intellectuel du projet a plus de valeur que l’objet présenté. Cependant, dans le processus de l’œuvre, les différentes interventions quotidiennes permettent d’avantage de matérialiser le concept.

Formellement, on peut penser à Gordon Matta Clark et à ses “Cuttings”, découpe de formes et de volumes dans des bâtiments abandonnés. La volonté de libérer les espaces d’habitations de leurs contraintes sociales et utilitaires semble également être un autre point commun avec cet artiste avant-gardiste. On peut penser également au Japonais Tadashi Kawamata, pour lequel le couple déconstruction-reconstruction est infini(Destroyed Church) ,ou encore à la redéfinition de l’habitat abordée longuement par Dan Graham.
L’art conceptuel n’est qu’une influence, et n’est pas visible au regard du travail. L’ensemble du projet se situerait plus dès lors dans l’idée d’une “Gesamtkunstwerk”, œuvre d’art totale, où de la fusion organique des styles et des gestes artistiques doit renaître une expression dramatique. L’œuvre d’art totale est bien cette manifestation d’une utopie marquée par le rêve de totalité. Il s’agit clairement d’une œuvre en constante expansion, un dispositif complexe.
La déconstruction du bâtiment est rendue possible ici par l’ex-position de peintures et autres installations. Ce processus concret incarnant la matérialisation de l’œuvre, consistant à l’accumulation d’interventions, de signes donne vie au projet tout en en développant la partie la plus visible, la plus essentielle. La peinture elle-même se voit déplacée, elle n’a plus ni de cadre, ni de limite. Chacune d’elle amène un enjeu différent, mais toutes reposent sur le même principe de détournement, pratique courante au XXe siècle permettant la relecture du passé sans hiérarchisation de valeur. La citation, une des forme du détournement est la possibilité nouvelle d’intégrer le corpus de l’histoire au sein d’une même démarche. La référence au postmodernisme est ainsi assez indispensable à la compréhension de l’ensemble de l’œuvre.“C’est une mauvaise chose que d’imiter ce qui est mauvais, et de ne pas même désirer imiter ce qui est bon.” Démocrite

Mais, l’aspect provocateur ne réside pas en soi dans les peintures, mais plutôt dans la transformation même du lieu. Cette partie de l’œuvre est comme on l’a vue très riche, et l’évocation de la violence au travers de la thématique du chaos est infinie. L’horreur réside t-elle dans les scènes contemplées ou dans le regard du spectateur?

L’œuvre est en soi un condensé de l’art du XXe siècle, elle évoque de nombreux courants (land art, déconstructivisme…) et repose de manière évidente les questions inhérentes de l’art (représentation, interprétation, définition du beau…).Mais elle se veut également être le miroir du monde, pour en devenir une utopie organique.

Beaucoup d’artistes semblent être évoqués tout au long de ce travail. Notamment ceux qui ont abordé le thème de l’horreur, où ceux dont la provocation a permis la reconnaissance. Pour ne citer que les contemporains Jake et Dinos Chapman, Maurizio Cattelan, Kendell Geers, Dr Von Hagen… Même si a mes yeux, rien au sein de l’œuvre n’est une représentation concrète de l’horreur.
La question principale de cette œuvre est sa confrontation permanente à autrui. Et c’est bien là son aspect novateur, son caractère tendancieux : jusqu’où peut-on forcer les gens à regarder ? Aucune autre œuvre n’a ce statut. C’est son existence physique qui la rend puissante, et est bien loin du “consensualisme” des commandes publiques.
Cette confrontation permanente et imposée provoque de manière attendue et plus ou moins voulue des réactions. Mais c’est également le signe que l’œuvre fonctionne bien au-delà d’elle-même. Le genre de réaction extrême de ces derniers jours ressemble fortement au syndrome de Stendhal, qui par lui-même statut l’œuvre en tant que telle. Ce trouble est appelé spécifiquement le “syndrome du voyageur”. Il s’agit d’un état d’extase lié au choc émotionnel provoqué par une œuvre d’art.
Brutalement, le sujet est en proie à un vertige, avec perte du sens de l’orientation, il ressent de violentes douleurs dans la poitrine et une accélération du cœur. Il croit “perdre ses esprits”, traversant tour à tour un état d’exaltation, un sentiment de toute puissance, parfois un état de panique accompagné d’une intense peur de mourir. Le plus souvent, les personnes retrouvent leurs esprits en quittant le lieu à l’origine de ce choc. Selon les villes ou les œuvres d’art en cause, différentes manifestations sont possibles. Le Syndrome de Stendhal est le premier syndrome du voyageur a avoir été reconnu. Il doit son nom au célèbre écrivain, Stendhal, qui le premier, en 1817, dans ses carnets de voyage, a fait la description ce que lui-même a ressenti en sortant de l’Eglise Santa Croce à Florence. Aujourd’hui encore, chaque année, les urgences des hôpitaux de Rome et de Florence reçoivent des touristes en proie à ce même tourment. (Source : http://www.e-sante.be/)

La “demeure du chaos” s’impose et s’expose et met en œuvre la vérité d’un monde, elle en est son lieu spécifique, son reflet, son incarnat. Mais elle existe par la présence d’autrui ; “C’est le regardeur qui fait le tableau” énonçait Duchamp. A la citation de Buren : “Ceux qui vomissent mon œuvre sont les petits enfants de ceux qui crachaient sur Renoir”, nous ajoutons “Ceux qui vocifèrent sur notre œuvre, sont les enfants de ceux qui vomissaient sur Buren”.

septembre 2004


abode of chaos

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septembre 1, 2004 - Posted by | Phlogoses

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