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Le chaos du monde dans la pierre des Monts d’Or

ART/ UNE OEUVRE QUI FAIT JASER

Le chaos du monde dans la pierre des Monts d’Or

Thierry Erhmann, le patron du groupe Serveur, a transformé sa somptueuse propriété en maison du chaos. De plus en plus exposée aux regards, cette oeuvre monumentale divise les habitants, et inquiète les élus.

Le village de Saint-Romain au-Mont-d’Or est en émoi. Dans cette commune qui a fait le pari de l’architecture humble, le choc est certain pour le visiteur.
Salamandres omniprésentes, parfois sanguinolentes, coulées de lave sur les murs en pierre des Monts-d’Or par

Certains apprécient cependant cette dissidence au coeur de ce village conventionnel

ailleurs éventrés par des météorites, tableau signé de l’artiste Ben annonçant la fin du monde, le moins que l’on puisse dire est que la propriété de Thierry Erhmann, richissime PDG du Groupe Serveur, ne passe pas inaperçue. Ce travail colossal entrepris il y a trois ans a été longtemps confiné à l’intérieur. Mais ces derniers mois, l’imagination débordante des artistes a gagné les murs d’enceinte de ce domaine de trois hectares situé à un jet de pierre de la mairie. Bref, tout le monde en profite.
Cet art fait-il l’unanimité ? Les 978 Saromagnots semblent divisés. Certains apprécient cette dissidence au cœur de ce village conventionnel, d’autres ne paraissent pas du tout emballés pas la théorie du chaos. Des mères de famille feraient dorénavant un détour pour ne pas heurter la sensibilité de leurs enfants. Et dans ce village classé où une fenêtre de plafond non réglementaire peut être refusée par l’architecte des Bâtiments de France, tout le monde se demande où se situe la loi.

Des élus dépassés

De quoi s’arracher les cheveux pour le maire Pierre Dumont, qui écoute, désemparé, les doléances de ses administrés, qui s’étalent par ailleurs au grand jour sur une feuille blanche placardée contre un mur. Un maire qui n’entend pas polémiquer avec Thierry Ehrmann, mais qui se pose avec son conseil municipal beaucoup de questions :  » chacun peut avoir de l’art la conception et la définition que bon lui semble. L’art est une notion subjective. Mais il n’est pas admissible de l’imposer quotidiennement aux autres avec une telle agressivité, qui plus est dans un périmètre de protection des bâtiments historiques. La notion de chaos affichée est incohérente avec un village aussi simple et discret « .
Pierre Dumont a consulté des juristes mais tous s’y sont pour le moment cassé les dents. L’architecte des Bâtiments de France n’a pas souhaité réagir, n’étant pas concerné au regard de la loi. Mais son travail à Saint-Romain risque de se compliquer à l’avenir.
Reste donc à savoir jusqu’où Thierry Ehrmann, qui ne fait jamais les choses à moitié, va pouvoir aller sans perturber l’ordre public. L’homme d’affaire est confiant et affirme que ses détracteurs sont loin d’être majoritaires. Mais si le chaos gagnait le village, la préfecture, qui a depuis peu le dossier entre les mains, pourrait s’en mêler.

Xavier Breuil

Thierry Ehrmann: « J’assume »

L’instigateur de la maison du chaos n’a jamais refusé le dialogue et pense que tout cela va finir par s’arranger.

>Depuis combien de temps travaillez-vous sur cette oeuvre d’art ?
Cela a commencé en 1999. C’est à cette date que j’ai déposé un contrat en bonne et due forme aux autorités de tutelle. Tout y était prévu : de la description des oeuvres jusqu’aux techniques utilisées dans les moindres détails. J’ai même fait parvenir un double à la mairie à l’époque et je n’ai pas manqué d’informer régulièrement les habitants. Ma porte a toujours été ouverte et personne ne pouvait ignorer la nature de mes projets .
>C’est depuis que les artistes sont intervenus sur les murs extérieurs que le ton semble monter. N’avez-vous pas le sentiment d’aller trop loin ?
Une oeuvre d’art doit questionner. Marcel Duchamp disait qu’une oeuvre d’art qui ne dérange pas n’en est pas une. Le problème, c’est que certains ont arrêté l’art aux peintres impressionnistes, c’est à dire un tableau avec quelque chose de rassurant dedans. Récemment, une commissaire d’exposition qui a trente ans de métier m’a conforté. Pour elle, aucun élément ne constitue un élément distinctif de violence.
>Mais tous ces décors portent quand même une image de chaos inquiétante ? Y compris ce panneau signé Ben annonçant la fin du monde ?
Mais c’est du second degré ! Et puis ce n’est pas un décor, mais une oeuvre d’art. Un décor doit être beau. Une oeuvre d’art n’obéit pas aux mêmes critères.
>Justement, vos détracteurs vous reprochent d’imposer votre vision de l’art. Avez-vous ce sentiment ?
Je comprends ces réactions dans la mesure où une part de secret nécessaire a entouré la construction de l’oeuvre. Mais je ne pense pas imposer car cette oeuvre monumentale va devenir un musée dont le siège social existe déjà depuis trois ans. A partir de là, tout va être plus facile. Et je n’ai jamais refusé le dialogue avec les gens .
>Comment cela se passe avec eux ?
Très bien. Quand on parle avec gentillesse et que l’on explique, cela donne de rencontres formidables. Je n’ai connu que deux fois des agressions verbales violentes. Les Saromagnots me connaissent. A chaque biennale d’art contemporain, j’offre trois places par foyer. Plus de deux foyers sur trois m’en ont fait la demande lors de la dernière édition
>Et que dites-vous aux habitants dont les vérandas sont rejetées par les Bâtiments de France ?
Ils se braquent et c’est logique. Mais le code de l’urbanisme exclut l’art de son champ d’application. C’est la loi. Je pourrais me réfugier derrière, mais cela n’a jamais été mon intention. J’ai un devoir moral d’expliquer et je compte bien continuer à l’assumer. Et convaincre .

Propos recueillis
par Xavier Breuil

Le rouleau compresseur

Thierry Ehrmann est le fondateur, et détenteur à 95 %, du Groupe Serveur. Fondé à Lyon en 1987, le Groupe Serveur est devenu un acteur majeur des banques de données judiciaires, juridiques et économiques. Il gère 13 sociétés, dont Artprice, le leader mondial de l’information sur l’art. Rien n’arrête ce patron anticonformiste, qui s’est lancé depuis 1999 dans la transformation du Domaine de la Source, à Saint-Romain-au-Mont-d’Or, en une oeuvre d’art monumentale. Une communion de création à laquelle des dizaines d’artistes collaborent, et où sera bientôt ouvert le Musée l’Organe.  » L’Esprit de la Salamandre », le nom de cette oeuvre, sera à la fin de l’année un ouvrage à l’iconographie abondante, et aux nombreuses interviews expliquant la théorie du chaos. Pour sans doute mieux comprendre les travaux de ce personnage hors normes, dont la vision du monde a été profondément marquée par les attentats du 11 septembre.

X.B.

copyright ©2004 Le Progrès – Mercrdi 8 septembre 2004

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septembre 8, 2004 - Posted by | La Revue de Presse

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