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Un itinéraire chao-TIC

Portrait

Thierry Ehrmann. Quel est le cheminement qui a mené Thierry Ehrmann d’une enfance solitaire avec précepteur dominicain à l’Internet et à Artprice, l’une des plus importantes banques de données sur l’art au monde, à la « Demeure du Chaos » de Saint-Romain-au-Mont-d’Or qui fait actuellement beaucoup jaser.

Un itinéraire chao-TIC

« Je ne me suis jamais tant amusé ! » Thierry Ehrmann, 42 ans, le Pdg du Groupe Serveur, prend un plaisir évident à faire visiter ce qu’il a baptisé lui-même « la Demeure du Chaos ». L’ancien relais de poste du XVIIIe siècle de 3,7 ha de Saint-Romain-au-Mont-d’Or où il a installé son siège social, ses salariés et son habitation personnelle, est en voie de transformation en œuvre d’art. Telle est la dénomination juridique du site, désormais classé à la Société des Auteurs, ce qui permet de le soustraire au code de l’urbanisme et de suspendre toute action de l’Architecte des monuments historiques, mais aussi du maire de Saint -Romain et de ses voisins qui n’apprécient guère.
Leur réaction s’explique : l’ancien relais de poste en pierre dorée connaît une mutation radicale, sensible dès la muraille qui la ceint totalement. Sombre, noire et rouge alternant tête de mort et signes alchimiques, météorites et crucifix, l’œuvre n’est guère riante. « Grâce à l’art, je peux faire passer les messages les plus forts, les plus émotionnels. » En fait Thierry Ehrmann se veut un émule de Duchamp dont il répète l’une des phrases les plus fortes : « Une œuvre d’art qui ne provoque pas n’en est pas une. » Il rassemble chez lui toute la douleur du monde.
Ils n’ont encore rien vu, s’amuse Thierry Ehrmann qui estime que son grand œuvre n’en est qu’à 30 % de sa réalisation. « A terme, ce sera la ville de Dresde », provoque-t-il.
Une réalisation qui au passage a déjà nécessité l’intervention de trente-six artistes venus du monde entier pour une somme qu’il estime déjà à 800 000 €. Un blockhaus de 20m sur 20 signé de l’artiste plasticien Mathieu Briand et un char américain Sherman, devraient notamment compléter cette « Œuvre au noir » qui devrait être ouverte au public dès l’année prochaine. Succès annoncé : chaque week-end, déjà près de 700 personnes se pressent autour de la « Demeure du Chaos ».
Autodestruction, goût exacerbé de la provocation ? Quel est donc le moteur de Thierry Ehrmann ? Le souci d’épater le bourgeois ? Il s’agirait alors d’une revanche sur sa propre enfance pour ce fils de la bourgeoisie lyonnaise, né boulevard des Belges.
Son père dont il affirme qu’il était proche de Opus Dei et qui était chargé par le Vatican de gérer à travers l’Europe les biens de l’Eglise, lui a dévolu une enfance solitaire. Chez les Ehrmann il n’y avait que des fils uniques depuis trois générations, pas de frère, ni de sœur, encore moins d’oncle. Mais un prêtre dominicain comme précepteur pour cet enfant né dans les beaux quartiers qui vit une enfance pour le moins décalée. Il totalise au cours de sa scolarité dix-huit établissements différents. « Ce n’est pas que j’étais un mauvais élève, mais je dégageais, me disait-on, une aura qui perturbait », explique-t-il.
A la mort de son père, il a dix-sept ans et hérite d’une usine chimique en Allemagne. Il constate qu’il s’agit d’un quasi-oligopole organisé par son père avec deux autres entreprises.
Après avoir cassé à son profit cet oligopole, il vend cette usine un excellent prix. Le point de départ d’une fortune professionnelle estimée aujourd’hui autour de 60/70 M€. Ensuite, c’est l’Internet qui en fera un des gourous de la Nouvelle Economie à travers pas moins de dix-sept banques de données différentes.
Il sculpte et écrit, sans d’ailleurs montrer ses œuvres, mais l’élément déclencheur de cette autodestruction à demeure est en fait Artprice, son fleuron, l’une des plus importantes banques de données au monde consacrée au marché de l’art affichant la cote de plus de 306 000 artistes. « A force de décrypter l’art, je me suis retrouvé à la rencontre de tous les acteurs du marché », souligne-t-il. Il plonge à bras le corps dans l’art contemporain et fait siens les ressorts d’un milieu qui l’attirait depuis longtemps.
Associant ses deux fils, Sydney et Kurt qui, reconnaît-il, vont encore plus loin que lui, c’est à ce stade qu’il décide de jouer les démiurges pour transformer radicalement son cadre de vie.
Mais comme souvent chez Thierry Ehrmann, derrière le goût de la provocation, il y a le business. La « Demeure du Chaos » qui n’en est probablement qu’à ses prémices en matière de médiatisation lui permet de se faire connaître dans le monde entier, lui et Artprice dont Bernard Arnault a pris 17% du capital. Artprice qui pourrait devenir assez rapidement la vache à lait du groupe. Et quoi de plus normal finalement qu’une banque de données sur l’art, au cœur d’une œuvre d’art …

Dominique Largeron

©2004 Les Petites Affiches Lyonnaises – Du 18 au 25 octobre 2004 – N°713

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octobre 18, 2004 - Posted by | La Revue de Presse

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