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La Demeure du Chaos – suite. VII

EPISODE VII

La Demeure du Chaos – suite.

2052 telle est la date fatidique retenue par notre artiste plasticien Thierry Ehrmann pour imaginer le jour d’après.
Le milliardaire le plus allumé de France ( selon Challenges qui le classe 348 ème fortune française), après avoir dépensé près de 3 millions d’euros dans la Demeure du chaos
met actuellement en scène l’année 2052.
Le scénario apocalyptique se met en place avec ce domaine de plusieurs hectares au cœur des monts d’or où l’extraction de l’eau et la production d’énergie est désormais produite par de gigantesques groupes électrogènes et pompes d’extraction protégés par des hommes en armes, dans un amas de véhicules militaires détruits.
Toutes les fenêtres et regards extérieurs sont soudés par des plaques de métal déchiqueté.
Des bruits assourdissants de hauts parleurs de camps militaires et le bruit des pompes frappent les visiteurs de stupeur qui se voient remettre combinaisons et masques NBC pour pénétrer l’antre.
Pire: Ehrmann est en train de faire tendre un gigantesque ciel artificiel autour de l’héliport reproduisant une atmosphère lugubre où la toxicité de l’air est telle que le jour et la nuit se confondent.
Le plus hallucinant est de pénétrer dans les bureaux de commandement à travers des colonnes de béton éventrés par le feu, des pièces d’acier suspendues au dessus de vos têtes et de découvrir que le cœur du groupe Serveur et de Artprice travaille comme si de rien n’était.
L’incapacité à se mouvoir entre différentes zones démilitarisées se gère par un système vidéo tentaculaire où se confondent les acteurs et les images de 2052.

Véritable ville dans la ville de Saint Romain Au Mont d’Or, c’est une armée de soudeurs, de grutiers, de sculpteurs, d’artistes déjantés, qui produisent 24h/24, se déplaçant avec des nacelles hydrauliques où de temps en temps, le réalisateur donne ses dernières consignes. Mais le plus surprenant peut être de remarquer, à travers des tranchées de 7 m, un accès à 3 bunkers complètement isolés où baignent dans une eau saline, des êtres en isolation sensorielle, encore plus fort que John Lilly.

2052 c’est déjà demain pour notre artiste qui s’est métamorphosé (voir photo).

copyright 2005 © LyonPeople.com

septembre 21, 2005 Posted by | Thierry Ehrmann : aVentures chaOtiQues | Laisser un commentaire

Apocalypse chaos

SPÉCIAL CULTURE : LE DOSSIER

Les nouvelles aventures artistiques

En marge des sentiers balisés de la création, se développent à Lyon des initiatives artistiques totalement originales. De l’invention d’un nouveau service public de la connaissance (le Guichet du Savoir) à la création d’une maison d’artiste complètement dingue (la Demeure du Chaos), reportage sur quelques-unes de ces nouvelles aventures artistiques.

Apocalypse chaos

La Demeure du Chaos à Saint-Romain-au-Mont-d’Or

Sorte de maison du facteur Cheval post-11 septembre, la Demeure du Chaos est une œuvre d’art totale, court-circuitant l’institution et puisant dans l’alchimie, l’actualité et l’anticipation les motifs de sa déconstruction.

Il y avait déjà des coulées de lave, des pierres calcinées, des signes cabalistiques, une immense fractale ou une voiture brûlée sur un parking défoncé par des météorites. Désormais, un avion Dassault s’est crashé dans la cour, une sculpture style gothique flamboyant du IIIème millénaire intitulée … Ground Zero s’élève au pied d’un cerisier ou encore un portrait double face Bush/Ben laden mange l’arête d’un mur d’enceinte. A Saint-Romain-au-Mont-d’-Or, la demeure du Chaos de Thierry Ehrmann est devenue un événement permanent. dans ce paysage d’apocalypse inspiré par l’alchimie, nourri par l’actualité voire l’anticipation, une vingtaine d’artistes s’activent, maniant marteaux-piqueurs, nacelles et acide chlorhydrique. Tout autour, se pressent de nombreux curieux, personnes âgées venues en car de Paray-le-Monial, travellers berlinois ou membres d’un groupuscule militaire… « C’est un défilé permanent : tout le gratin mondain rhônalpin a défilé ici ! » s’amuse le maître d’œuvre Thierry Ehrmann. Arguant d’un « trouble de voisinage », un riverain a mandé un huissier, qui a constaté la venue de 3 500 visiteurs chaque week-end !
Ground Zero dans mon jardin

Surtout ces derniers mois, la presse artistique internationale a dépêché ses envoyés spéciaux et conféré à ce projet singulier une aura artistique qui avait longtemps été éclipsée derrière le délire mégalomaniaque d’un excentrique. Entrepreneur atypique de 43 ans, anarcho-marchiste, polygame et fondu d’occultisme; Ehrmann prend un malin plaisir à déranger les milieux conservateurs et bien-pensants. Quelle provocation de « déconstruire » un ancien relais de poste du XVIIIème siècle en jolies pierres dorées en œuvre d’art apocalyptique !  » Tout ce qui reste de l’apparat bourgeois doit se noyer dans un état de guerre », explique Thierry Ehrmann. Progressivement, son domaine de 1,2 hectare, qui abrite son domicile et le siège de sa société – Artprice.com, leader mondial d’informations sur le marché de l’art – prend des airs de Grozny ou Fallouja.
L’originalité de la démarche d’Ehrmann est aussi de se tenir sciemment en marge de l’institution et des tenants d’un art reconnu, voire officiel. Si de nombreux artistes interviennent, ce sont bien davantage des jeunes – Nicolas Delprat trouve ici sans doute un formidable tremplin – que des vétérans venus faire cautionner vingt ans de travaux. Ce serait plus une histoire de rencontres informelles que de coteries. « Je suis bien placé à artprice pour saisir tous les blocages qui figent le monde de l’art. Ici, rien ne passe par des agents artistiques ; les échanges sont informels, on est dans l’improvisé, on ouvre au feeling. C’est une anti-institution, qui démontre que beaucoup de choses peuvent arriver… » C’est aussi un impressionnant laboratoire artistique, où s’éprouvent des techniques et des matériaux difficiles, et se montent des productions titanesques qui ne peuvent exister aujourd’hui que dans le champ – généralement miné – de la commande publique.

Anne-Caroline Jambaud.

La demeure du Chaos se situe au cœur du village de St-Romain-au-Mont d’Or et ouvre de manière aléatoire et informelle. 4 500 photos de cette œuvre monumentale peuvent être consultées sur http://www.demeure du chaos.com

copyright ©2005 Lyon Capitale Hors-Série Culture

septembre 13, 2005 Posted by | La Revue de Presse | Laisser un commentaire

la Demeure du Chaos de Thierry Ehrmann

la Demeure du Chaos de Thierry Ehrmann

Lorsque, en remontant la Saône depuis Lyon, on arrive à la hauteur de Fontaines, on croise, quelques mètres avant le célèbre restaurant de Paul Bocuse, un curieux panneau d’affichage. Taggée d’une inquiétante tête de mort, la pancarte comporte également une inscription à la bombe : « La demeure du chaos est à Saint-Romain. » Quelques kilomètres plus loin, on parvient au village tranquille de Saint-Romain au Mont d’or. Enfin, pas si tranquille, en fait, car depuis quelque temps, Thierry Ehrmann, PDG du groupe Serveur et d’Artprice.com, a entrepris de « déconstruire » sa propriété pour en faire la Demeure du Chaos, une gigantesque installation de 10 000 m2. Une entreprise de création par la destruction qui n’est pas du goût de tout le monde…

La première fois que je suis allé au Domaine de la Source, cette bâtisse ancienne au passé chargé n’avait pas encore son apparence actuelle, Lorsque Thierry Ehrmann en fit l’acquisition pour y installer les bureaux de sa société et son domicile, il s’agissait d’une propriété bourgeoise de 10 000 m² en fameuse pierre dorée des Monts d’or, avec un parc et un mur d’enceinte censé protéger des regards. Depuis 1999, le Domaine de la Source est peu à peu devenu la Demeure du Chaos, et les murs ne dissimulent plus rien, bien au contraire. Dorénavant, c’est un paysage de désolation digne de New York 1997 de John Carpenter. L’effet est apocalyptique. Sur le parking, une vingtaine de voitures calcinées, comme après une nuit d’émeutes dans une banlieue chaude ou à la suite d’un attentat ; tout autour, d’énormes météorites ont creusé des cratères. Plus loin, un avion de ligne s’est écrasé dans le jardin. Mais le plus spectaculaire, c’est sans doute cette réplique des ruines du World Trade Center : une sculpture le dix mètres de haut qui a nécessité 18 tonnes d’acier et 90 de béton. Non loin de là, Ehrmann envisage la construction d’un mur de Berlin se transformant en cette muraille qu’Israël édifie actuellement en Cisjordanie.
La façade de la maison est par endroits liquéfiée, la belle pierre dorée s’écoule en une lave boueuse sous l’action de la lance thermique. Partout, des salamandres en métal et des plaques émaillées de Ben, des symboles ésotériques, des fresques, des poutres de métal IPM qui font mine de soutenir les murs attaqués… Les transformations portent aussi sur l’intérieur des bâtiments. Dans le bureau d’Ehrmann, les tableaux et le mobilier Renaissance ont cédé la place au métal soudé, aux murs de moellons, aux câbles qui pendent du plafond, conférant à cette pièce stratégique l’aspect d’un QG d’organisation secrète. Dans les escaliers à moitié effondrés qui mènent aux appartements, on croise des sculptures et des fresques étranges. Le rouge et le noir dominent, deux couleurs qui jouent un grand rôle dans la symbolique alchimique. Ainsi, sur la paroi d’une salle aveugle nommée « Temple du sexe organique », un immense portrait de Ben Laden évoque l’œuvre au rouge ; tandis que sur le mur opposé, c’est le visage de George W. Bush qui symbolise l’œuvre au noir.

Une réputation sulfureuse

Impossible de décrire tous les détails. D’autant que la maison n’en finit pas d’évoluer : c’est un work in progress pour lequel Ehrmann reçoit le renfort de plusieurs artistes (Anny Brunelle, Nicolas Delprat, Marc Del Piano, Ben…). La suite, c’est, dans le parc, la construction du bunker de Rudy Ricciotti et Mathieu Briand, qui abritera l’Organe, un musée d’art contemporain. Et dans les appartements, il s’agit de substituer au sol des filins permettant de se déplacer dans les airs. Les commodités seront quant à elles ouvertes et remplacées par des WC chimiques. Comme le dit Ehrmann, c’est le jour d’après ».
Donc, une ambiance de chaos, post-atomique, post-guerre civile, quelque chose de très actuel, rien qu’on ne voie tous les soirs au journal télévisé. Thierry Ehrmann se décrit lui-même comme un drogué de l’info. Ces dernières années, il n’a pu que constater la manière dont le mot « chaos » s’est imposé dans la presse pour signifier qu’on ne peut aller plus loin dans l’horreur. Il a donc désiré donner une forme tangible et spectaculaire au lent effondrement d’un monde en pleine mutation, dans une gigantesque installation qui réunit tout ce que notre planète compte d’événements et de personnalités dramatiques dans les domaines religieux, politique et intellectuel- Et ce sans point de vue moral.
Mais pourquoi le faire chez lui ? Pour des raisons pratiques, sans doute, mais aussi parce qu’assurer la pérennité d’un patrimoine immobilier respectable, ce n’est vraisemblablement pas son violon d’Ingres. Ehrmann est un joueur. Si on veut comprendre pourquoi un millionnaire à qui tout réussit en arrive là, il faut fouiller dans sa biographie. L’homme n’offre pas un profil lisse. Fils d’un industriel membre influent de l’Opus Dei, il fait fortune dans les années 1980 avec le minitel, les banques de données, les combats de boxe et beaucoup d’autres entreprises rivalisant d’incongruité. Il ne fait pas mystère de son passé mystique : franc-maçon, passionné d’alchimie…
Dans les années 1990, il fonde Artprice.com, société spécialisée dans l’archivage en ligne des résultats de ventes d’œuvres d’art aux enchères – on commence à parler de lui dans le milieu de l’art en tant que mécène de la Biennale de Lyon en 1999. Partouzeur invétéré, il se dit bigame. Ehrmann sent manifestement le soufre, et le provocateur entretient volontairement cette réputation. Certains disent qu’il est le Diable. Du coup, l’ombre de Belzébuth apparaît sur un mur peint, et les portraits renversés des plus grands penseurs du 20e siècle sur la façade en rajoutent encore une louche de satanisme. Il se serait même fait exorciser par Monseigneur Delorme !
Donc, pierre par pierre, Satan construit un enfer contemporain dans un petit village des environs de Lyon. Et ses voisins ne trouvent pas tous la chose à leur goût. Le maire de Saint-Romain a fait tout ce qu’il pouvait pour contrecarrer cette injure à l’urbanisme local, mais en vain. Un député UMP a même proposé un projet de loi pour que l’œuvre d’art soit soumise au code de l’urbanisme, mais il l’a retiré. Car on parle bien d’œuvre d’art. Thierry Ehrmann s’étant préalablement inscrit à la maison des artistes, et ayant déposé en 1999 l’œuvre conceptuelle « Demeure du Chaos » avant de commencer les travaux. Juriste de formation, son sport favori, c’est de trouver les failles du droit et de s’y infiltrer. On se demandera toutefois s’il s’agit vraiment d’un artiste ou bien d’un millionnaire un peu fou à la Howard Hughes. Sans doute les deux. La folie, revendiquée, est celle qui permet d’aller jusqu’au bout- Un exemple : lors d’une réunion très sérieuse avec les membres de son conseil d’administration (dont Bernard Arnault), il projette le film d’une performance digne des actionnistes viennois dans laquelle, soumis à une saisie d’huissiers, il se lacère le corps avec un scalpel. A la fin de la projection, un actionnaire lui déclare ravi : « C’est votre folie que j’achète. » Contre toute attente, la Demeure et la personnalité de son propriétaire favorisent ses affaires. Voilà pour la « folie », territoire aux limites floues qu’Ehrmann connaît bien, lui qui demanda à vivre plusieurs années sous le régime d’incapable majeur. Quant au label d' »artiste », il importe peu : l’aventure de l’art brut n’a-t-elle pas depuis longtemps attiré l’attention sur des créateurs au parcours atypique ? En tout cas, la Demeure du Chaos apparaît comme un ensemble unique, une sorte de palais idéal du Facteur Cheval de l’après 11 Septembre. Elle attire désormais une faune très diverse : de simples curieux, des mystiques, des graffeurs, des religieuses qui viennent prier… Près de sept cents personnes s’y pressent chaque week-end, emportant à l’occasion un petit bout de pierre noire comme une relique. À mon avis, on n’a pas fini d’entendre parler de la Demeure du Chaos.

Information:
www.demeureduchaos.com
www.chaosmansion.com

Richard Leydier
copyright ©2005 artpress

artpress – numéro 312 – Mai 2005
artpress.com

septembre 5, 2005 Posted by | La Revue de Presse | Laisser un commentaire

Le Temple Retrouvé

CULTURE

Saint-Romain > NOUVELLES INVENTIONS A LA DEMEURE DU CHAOS

Le Temple Retrouvé

LE TEMPLE protestant de Saint-Romain-aux-Monts-d’Or retrouvé par Thierry Ehrmann au fond de son jardin ! Mis au jour par un compagnon du Devoir sur le départ. dont les coups de pioche paraît-il, dérangèrent, devinez quoi ? une salamandre. Avant d’être rendu à son obscure et fraîche cachette, l’animal a été dûment filmé et photographié. Histoire de prouver aux esprits incrédules la réalité de ce que l’inventeur de l’Esprit de la Salamandre considère évidemment comme un signe…

« Le temple, on savait, d’après des documents, qu’il était au fond de l’impasse de la Croix. Mais tout le monde avait préféré l’oublier sous 1 200 m3 de terre de remblai. Il y a quinze ans, quand j’ai acheté le terrain, j’en ai parlé au maire qui m’a répondu qu’il n’y avait rien à cet endroit. » L’annonce de la mise au jour des vestiges d’un site se prolongeant de toute évidence sous la Zac construite il y a une dizaine d’années n’aurait pas ébranlé cette postion. « Il dit que je reconstruis pierre par pierre un temple acheté en Auvergne », plaisante le propriétaire de la Demeure du Chaos, qui d’ailleurs en serait très capable. Mais l’Histoire atteste en l’occurence de l’existence de ce temple venu remplacer celui d’Oullins fermé en 1630 par l’archevêque de lyon. Nouveau propriétaire de la ville, celui-ci n’acceptait pas qu’y fut célébré le culte réformé. C’est mesurer la distance dans la France du XVIIe siècle entre l’esprit de l’Edit de Nantes et les mœurs de la société. Parce qu’elle était la plus proche paroisse de Lyon ne relevant pas d’une autorité écclésiastique, Saint-Romain-de-Couzon (ce n’est qu’en 1879 que la commune, devenue Romain libre en 1793, prend son nom actuel)

Sur les murs extérieurs et les façades de la Demeure du Chaos, les portraits peints ont fait leur apparition. (Photos : B. Riotord)

fut choisie pour l’édification du nouveau temple. Construit en 1630, il fut détruit en 1685 lors de la révocation de l’Édit de Nantes. Le premier office y fut célébré, précise Roland Gennerat dans son Histoire des protestants à Lyon des origines nos jours, le 12 août 1630. Selon cette même source qui s’appuie sur un état dressé par les pasteurs en 1651, la communauté protestante à Lyon aurait compté 160 foyers soit 870 personnes, dont une majorité de notables, marchands et riches artisans. Des Lyonnais, mais aussi des Suisses et des Allemands.
Après déclaration de la découverte auprès de la Drac, ainsi que l’exige la loi, celle-ci ayant d’autres priorités qu’un chantier archéologique du XVIIe siècle, Thierry Ehrmann s’est tourné vers l’Église Réformée. En quête de traces visibles d’une histoire durement occultée, les Huguenots ont eux tout de suite été intéressés. D’autant, qu’apparemment, rare est encore ce type de recherches sur le terrain. Un article récent du Monde (3 juin 2005) faisant écho de fouilles dans un cimetière protestant du Val de Marne parlait de « première ». « On ne connaît rien du rituel protestant entre l’Édit de Nantes (1598) et sa révocation 1685), hormis par les textes : il s’agit de la première fouille de ce genre en France », expliquait l’archéologue interviewé. C’est dire qu’avec son temple et la nécropole qui le jouxte, la Demeure du Chaos peut faire le bonheur des chercheurs. Thierry Ehrmann, quant à lui, entend bien intégrer ces vestiges dans son grand Œuvre. Contourner et détourner comme il aime à le faire tout en « respectant le domaine archéologique et la religion protestante ». Il a déjà sur son bureau la maquette d’un projet. On y voit des plaques de verre oblon-gues qui flottent au-dessus des ruines. Il y en aura 99. Affleurant à leur surface, la représentation fantomatique d’une silhouette. Ce détail excepté, cette installation n’est pas sans évoquer celle de l’ancien cimetière du village martyr de Vassieux-en-Vercors, où soixante-treize stèles de verre, sans autre force que leur transparence et leur sobriété radicale se dressent dans une verticalité énergique qui dégage une impression troublante de fragilité et de dureté. Pour le reste, la métamorphose du domaine, de moins en moins bourgeois et de plus en plus d’un autre monde métaphorique de la réalité contemporaine, se poursuit.

Thierry Ehrmann entend bien intégrer les vestiges de ce temple protestant retrouvés au fond de son jardin dans son grand Œuvre. Contourner et détourner comme il aime à le faire tout en « respectant le domaine archéologique et la religion protestante ».

Des pièces nouvelles dans le parking, de plus en plus Mad Max II : Peack Oil, un engin mastodonte cerné par des barils le tout couleur charbon et saisi dans le goudron, Entre le Tigre et l’Euphrate, un hélicoptère crashé. Dans le parc, une fontaine Alien s’élabore. Sur les murs extérieurs et les façades, des portraits peints ont fait leur apparition : couples infernaux (Ben Laden/ Bush, Arafat/Sharon…), les Gémellités. Bientôt, les toits de la demeure vont s’hérisser de passerelles métalliques les masquant en partie, tandis qu’un éclairage approprié inventera un autre paysage nocturne. Au printemps prochain, Le Bunker, musée de l’Organe, devrait voir le jour. « Les visiteurs sont de plus en plus nombreux. Il en vient de partout et n’importe quand, en s’annonçant ou non. Des jeunes, des vieux. Des étrangers. L’œuvre communique, et le village change », jubile Thierry Ehrmann dont une des dernières trouvailles est cette liste « Romain libre » qu’il annonce pour les prochaines élections municipales.

Nelly GABRIEL
copyright ©2005 Lyon Figaro

Vendredi 2 Septembre 2005

septembre 2, 2005 Posted by | La Revue de Presse | Laisser un commentaire

Le Temple de Saint-Romain

SOUVENIRS HISTORIQUES

Le Temple de Saint-Romain

De 1630 à 1685, les protestants de Lyon eurent à Saint-Romain-de-Couzon, sur les bords de la Saône, leur Temple. La photographie qui se voit en tête de cet article en représente le portail, tel qu’il existait, il y a encore quelques années, et que nous l’avons vu.
Son authenticité est incontestable. Elle ressort du compte même du charpentier qui l’a construit et qui se trouve aux Archives de l’Hôtel de Tille de Lyon. On le reconnaît à la description qu’il en donne sur la note de ses frais, à « Messieurs du Consistoire ». Elle ressort aussi du nom que porte encore dans le pays la propriété où il se trouvait. Elle s’appelle « Le Timple », bien qu’on y ait perdu le souvenir de la provenance de ce nom bien significatif.
Le Temple auquel ce portail donnait accès a disparu, ayant été rasé lors de la révocation de l’Edit de Nantes. Cependant, il nous a été possible d’en rétablir le plan, grâce aux notes de sa construction conservées elles aussi dans les mêmes archives, et aux traces encore très visibles de ses ruines.
Par cette porte monumentale, on entrait d’abord dans une cour spacieuse entourée de bâtiments accessoires. En face de l’entrée s’élevait le Temple lui-même, vaste bâtiment rectangulaire. On y entrait par deux larges portes en forme d’arcade; douze fenêtres, six de chaque côté, y répandaient une abondante lumière.
Cette salle de culte, d’après les dimensions considérables que lui donnent les comptes, pouvait recevoir un nombreux auditoire, et cependant à deux reprises elle dut être agrandie, en raison de son insuffisance.
En plus du Temple lui-même, la propriété comprenait encore d’autres bâtiments où se trouvaient les salles du
Consistoire, de la bibliothèque, les logements du concierge, du fermier, de vastes écuries, enfin, des chambres communes et particulières. Leur destination demande quelques explications.
Les protestants de Lyon se rendaient à Saint-Romain, éloigné de plus de 2 lieues, quelques-uns à pied, d’autres à cheval ou en voiture et enfin un certain nombre, dans un bateau qui faisait sur la Saône, chaque dimanche, le trajet de Lyon à Saint-Romain, et qu’on appelait la Frégate.
Arrivés à ce village écarté, la plupart après avoir assisté au service du matin, qui consistait surtout en une prédication, attendaient celui de l’après-midi, qui se composait de prières liturgiques, puis de la récitation et de l’explication du catéchisme. Ils passaient ainsi presque toute la journée en dehors de leurs maisons, aussi avaient-ils besoin de se reposer et de se restaurer. Le concierge du Temple leur vendait du vin et des vivres et le Consistoire louait aux familles qui ne voulaient pas se contenter des chambres communes de la maison du Consistoire, des chambres particulières, que nous avons vues encore.
La création de ce nouveau Temple, après l’expulsion de celui qu’ils avaient déjà dû se construire à Oullins, l’achat des terrains nécessaires, les constructions importantes, les aménagements multiples de cette installation assez compliquée, entraînèrent des frais considérables. Les protestants de Lyon durent s’imposer de nouveau de grands sacrifices. Aussi firent-ils appel à leurs frères du dehors, en France et à l’étranger. De touchants témoignages de sympathie leur vinrent de plusieurs côtés. On en cite de (Genève et de Zurich.
Ainsi, pendant plus d’un demi-siècle, nos pères purent célébrer en paix leur culte, dans ce Temple de Saint-Romain, mais ce ne fut jamais sans difficulté. Sans parler des fatigues en toutes saisons de ce long parcours à une époque où les facilités de locomotion n’existaient pas, ils eurent souvent à subir les insultes et les mauvais traitements des habitants des villages catholiques qu’ils avaient à traverser.
Nous parlerons dans un second article de ces pénibles complications de leur vie religieuse.

Bulletin Paroissial – Numéro 8 – Décembre 1908
copyright ©1908-2005 Église Réformée de Lyon

septembre 2, 2005 Posted by | La Revue de Presse | Laisser un commentaire

III – Le Temple de Saint Romain de Couzon : 1630-1685

III – Le Temple de Saint Romain de Couzon : 1630-1685

En 1630, l’archevêque de Lyon, ayant fait l’acquisition d’Oullins, y fit interdire le culte réformé. Il fallut donc rechercher un autre lieu pour y construire un temple. L’emplacement de Saint-Romain de Couzon fut désigné à cet effet sans tenir compte des plaintes des intéressés relatives à l’éloignement par rapport à Lyon et aux difficultés d’accès. Cette localité fut choisie parce qu’elle était la paroisse la plus proche de Lyon qui ne dépendit pas d’un seigneur écclésiastique. Ce temple fut bâti près de l’impasse de la Croix et son portail était encore visible au siècle dernier. Le premier office y fut célébré le 12 août 1630. Saint Romain de Couzon s’appelle, de nos jours, Saint Romain au Mont d’Or.

Selon un état dressé par les pasteurs en 1651, la communauté protestante aurait compté 160 foyers soit 870 personnes, essentiellement marchnads et riches artisans, des notables donc, bien qu’il y ait aussi des petites gens. Elle comprenait, outre les lyonnais, des Suisses et des Allemands.

Parmi les personnalités intellectuelles de l’époque, on peut citer le médecin Jacob Spon, issu d’une famille originaire d’Ulm mais établie à Lyon au milieu du XVIème siècle, auteur d’une controverse théologique par correspondance avec le Père La Chaise (52). Il émigra en raison de la Révocation de l’Edit de Nantes pour aller mourir à Vevey en Suisse.

Le 3 février 1659, l’archevêque Camille de Neuville(53) fonda l’œuvre de la Propagation de la Foi(54) «pour l’instruction de personnes du sexe, qui nées dans la religion protestante, veulent embrasser la catholique». Cette création fut confirmée par lettres patentes de 1677 sous l’appelation de  » Compagnie de la Propagation de la Foi « . Celle-ci obtint à Lyon 380 conversions entre 1659 et 1682. Son action fut confortée par la mise en oeuvre d’une caisse de conversion dont les résultats furent des plus médiocres. Mias, ce fut surtout les restrictions apportées à l’exercice d’un nombre de plus en plus grand de professions qui gênèrent les protestants et commencèrent à partir de 1680 à provoquer des conversions ou une émigration vers la Suisse et les autres pays du « Refuge ».

Enfin, en 1685, pressé d’en finir avec le protestantisme, Louvois écrivit à l’archevêque de pousser «la plus grande partie des religionnaires de la ville de Lyon à se convertir par délibération» et de les menacer de se «servir de troupes pour les y contraindre» si nécessaire, mais «ceux qui sont suisses ou allemands» n’étaient pas concernés. Ce qui fut fait, comme à Paris, de sorte que Lyon put éviter des dragonnades que le gouvernement ne souhaitait pas y mettre en oeuvre et Louvois pouvait remercier ainsi l’archevêque : «Le Roy a appris avec plaisir, par l’addition que vous avez mise à la lettre que vous avez pris la peine dem’écrire le 13 de ce mois, la délibération qu’ont prise les principaux religionnaires de la ville de Lyon, que S. M. attribue à vos soins, et m’a commandé de vous assuré qu’elle vous en sait beaucoup de gré. Je prends toute la part que je dois à votre satisfaction et suis toujours avec respect…»(55)

En conséquence de l’édit de Fontainebleau du 10 octobre 1685, portant révocation de l’édit de Nantes, le temple de Saint Romain de Couzon fut démoli et le culte protestant interdit.

52 François d’Aix de La Chaise (25 août 1624 – 20 janvier 1709), jésuite, professeurd e philosophie et de physique au collège de la Trinité de Lyon, enfin confesseur de Louis XIV.

53 Camille de Neuville (Rouen 22 août 1606 – Lyon 3 juin 1693) fut aussi lieutenant général au gouvernement général de Lyonnais.

54 Sur ce sujet, lire le très bon ouvrage d’Odile Martin : La conversion portestante à Lyon (1659-1687).

55 in : Histoire du Lyonnais par les textes. pp 140-141.

ILLUSTRATIONS
Jacob SPON
(Lyon 13 janvier 1647 – Vevey en Suisse 21 décembre 1685)
médecin lyonnais, archéologue et numismate

Maison des Nouvelles Catholiques où s’établit la Compagnie pour la Propagation de la Foy en 1683 d’après le plane de Simon Maupin
Elle avait pour nom Beauregard sur le plan de 1550
Elle avait été construite vers 1538 par Antoine de Gondy, époux de Catherine de Gondy.

extrait de :
Histoire des Protestants à Lyon
des origines à nos jours

avec l’aimable autorisation de l’auteur :
Roland GENNERAT
Maître en Histoire
Bibliothécaire à la Ville de Lyon

Editions : Au Jet d’Ancre

septembre 2, 2005 Posted by | La Revue de Presse | Laisser un commentaire