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Le Temple Retrouvé

CULTURE

Saint-Romain > NOUVELLES INVENTIONS A LA DEMEURE DU CHAOS

Le Temple Retrouvé

LE TEMPLE protestant de Saint-Romain-aux-Monts-d’Or retrouvé par Thierry Ehrmann au fond de son jardin ! Mis au jour par un compagnon du Devoir sur le départ. dont les coups de pioche paraît-il, dérangèrent, devinez quoi ? une salamandre. Avant d’être rendu à son obscure et fraîche cachette, l’animal a été dûment filmé et photographié. Histoire de prouver aux esprits incrédules la réalité de ce que l’inventeur de l’Esprit de la Salamandre considère évidemment comme un signe…

« Le temple, on savait, d’après des documents, qu’il était au fond de l’impasse de la Croix. Mais tout le monde avait préféré l’oublier sous 1 200 m3 de terre de remblai. Il y a quinze ans, quand j’ai acheté le terrain, j’en ai parlé au maire qui m’a répondu qu’il n’y avait rien à cet endroit. » L’annonce de la mise au jour des vestiges d’un site se prolongeant de toute évidence sous la Zac construite il y a une dizaine d’années n’aurait pas ébranlé cette postion. « Il dit que je reconstruis pierre par pierre un temple acheté en Auvergne », plaisante le propriétaire de la Demeure du Chaos, qui d’ailleurs en serait très capable. Mais l’Histoire atteste en l’occurence de l’existence de ce temple venu remplacer celui d’Oullins fermé en 1630 par l’archevêque de lyon. Nouveau propriétaire de la ville, celui-ci n’acceptait pas qu’y fut célébré le culte réformé. C’est mesurer la distance dans la France du XVIIe siècle entre l’esprit de l’Edit de Nantes et les mœurs de la société. Parce qu’elle était la plus proche paroisse de Lyon ne relevant pas d’une autorité écclésiastique, Saint-Romain-de-Couzon (ce n’est qu’en 1879 que la commune, devenue Romain libre en 1793, prend son nom actuel)

Sur les murs extérieurs et les façades de la Demeure du Chaos, les portraits peints ont fait leur apparition. (Photos : B. Riotord)

fut choisie pour l’édification du nouveau temple. Construit en 1630, il fut détruit en 1685 lors de la révocation de l’Édit de Nantes. Le premier office y fut célébré, précise Roland Gennerat dans son Histoire des protestants à Lyon des origines nos jours, le 12 août 1630. Selon cette même source qui s’appuie sur un état dressé par les pasteurs en 1651, la communauté protestante à Lyon aurait compté 160 foyers soit 870 personnes, dont une majorité de notables, marchands et riches artisans. Des Lyonnais, mais aussi des Suisses et des Allemands.
Après déclaration de la découverte auprès de la Drac, ainsi que l’exige la loi, celle-ci ayant d’autres priorités qu’un chantier archéologique du XVIIe siècle, Thierry Ehrmann s’est tourné vers l’Église Réformée. En quête de traces visibles d’une histoire durement occultée, les Huguenots ont eux tout de suite été intéressés. D’autant, qu’apparemment, rare est encore ce type de recherches sur le terrain. Un article récent du Monde (3 juin 2005) faisant écho de fouilles dans un cimetière protestant du Val de Marne parlait de « première ». « On ne connaît rien du rituel protestant entre l’Édit de Nantes (1598) et sa révocation 1685), hormis par les textes : il s’agit de la première fouille de ce genre en France », expliquait l’archéologue interviewé. C’est dire qu’avec son temple et la nécropole qui le jouxte, la Demeure du Chaos peut faire le bonheur des chercheurs. Thierry Ehrmann, quant à lui, entend bien intégrer ces vestiges dans son grand Œuvre. Contourner et détourner comme il aime à le faire tout en « respectant le domaine archéologique et la religion protestante ». Il a déjà sur son bureau la maquette d’un projet. On y voit des plaques de verre oblon-gues qui flottent au-dessus des ruines. Il y en aura 99. Affleurant à leur surface, la représentation fantomatique d’une silhouette. Ce détail excepté, cette installation n’est pas sans évoquer celle de l’ancien cimetière du village martyr de Vassieux-en-Vercors, où soixante-treize stèles de verre, sans autre force que leur transparence et leur sobriété radicale se dressent dans une verticalité énergique qui dégage une impression troublante de fragilité et de dureté. Pour le reste, la métamorphose du domaine, de moins en moins bourgeois et de plus en plus d’un autre monde métaphorique de la réalité contemporaine, se poursuit.

Thierry Ehrmann entend bien intégrer les vestiges de ce temple protestant retrouvés au fond de son jardin dans son grand Œuvre. Contourner et détourner comme il aime à le faire tout en « respectant le domaine archéologique et la religion protestante ».

Des pièces nouvelles dans le parking, de plus en plus Mad Max II : Peack Oil, un engin mastodonte cerné par des barils le tout couleur charbon et saisi dans le goudron, Entre le Tigre et l’Euphrate, un hélicoptère crashé. Dans le parc, une fontaine Alien s’élabore. Sur les murs extérieurs et les façades, des portraits peints ont fait leur apparition : couples infernaux (Ben Laden/ Bush, Arafat/Sharon…), les Gémellités. Bientôt, les toits de la demeure vont s’hérisser de passerelles métalliques les masquant en partie, tandis qu’un éclairage approprié inventera un autre paysage nocturne. Au printemps prochain, Le Bunker, musée de l’Organe, devrait voir le jour. « Les visiteurs sont de plus en plus nombreux. Il en vient de partout et n’importe quand, en s’annonçant ou non. Des jeunes, des vieux. Des étrangers. L’œuvre communique, et le village change », jubile Thierry Ehrmann dont une des dernières trouvailles est cette liste « Romain libre » qu’il annonce pour les prochaines élections municipales.

Nelly GABRIEL
copyright ©2005 Lyon Figaro

Vendredi 2 Septembre 2005

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septembre 2, 2005 - Posted by | La Revue de Presse

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