Presse(s) Materia prima

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La Demeure du Chaos – suite. XI

EPISODE XI

La Demeure du Chaos – suite.

Comme annoncé dans notre numéro de décembre, on peut désormais, de la rue principale de Saint Romain au Mont d’Or, halluciner ou hurler après Overground sculpture monumentale et aérienne de plusieurs centaines de tonnes d’acier suspendue au-dessus des toits, faisant de son domaine, vu d’avion, une gigantesque plate-forme pétrolière offshore éclairée par une armée de néons sentinelles blafards rappelant le couloir de la chimie.

Plus surprenant: Thierry Ehrmann notre plasticien démiurge a réussi à réunir des botanistes, des agronomes et des paysagistes pour sélectionner des espèces de plantes envahissantes exotiques avec le souci de préservation des espèces indigènes de St Romain au mont d’or et sa diversité biologique.
Il n’empêche qu’Ehrmann, une fois de plus, accomplit sa prophétie auto-réalisante: effacer peu à peu l’ensemble des sols (12 000 m2) pour que les centaines d’œuvres des plasticiens et sculpteurs se noient dans une jungle luxuriante qui dévore l’habitat et les bureaux de la Demeure du Chaos.

Selon des propos rapportés, des unités de production ont déjà démarré en serres pour produire massivement, sous contrôle des scientifiques des espèces exotiques envahissantes, recréant un écosystème propre à la demeure du chaos.
D’après ses ennemis jurés, Ehrmann serait avec un nouveau traitement encore plus dingue qu’avant. Ils avancent pour preuve que la métamorphose de la nature relève bien d’un acte de démence.
Pour notre plasticien, cette étape bucolique est nécessaire pour que les visiteurs suspendus à des passerelles ou coursives effectuent un parcours vertigineux en Ehrmannie centrale, cœur de la Demeure du Chaos.

Plus pragmatique, Ehrmann a démarré une enquête de notoriété sur la demeure du chaos, qui selon les premiers résultats de l’institut de sondages, la placerait dans les 3 premières places lyonnaises dans la tranche des 15-25 ans.

De même une enquête menée au 3è trimestre (effet de la Biennale de Lyon dont la demeure du chaos est partenaire artistique ?) attesterait que 27% des visiteurs étaient étrangers ( 77% Europe, 23% hors Europe).
Suite à ces études, il se murmure que les principaux responsables politiques des deux bords viendraient dans le cadre de visites très privées, ce que ne dément pas Ehrmann qui parle « d’œcuménisme artistique »
La vraie question posée à Thierry: « à quand la visite de Monseigneur Barbarin? ».

Ce qui est sûr, c’est que les résidences d’artistes d’Ehrmann à la demeure du chaos affichent complet jusqu’à l’été. De plus en plus de plasticiens au parcours international n’hésitent plus à intervenir in situ. A quand une hôtellerie de luxe à St Romain?

copyright 2005 © LyonPeople.com

janvier 21, 2006 Posted by | Thierry Ehrmann : aVentures chaOtiQues | Un commentaire

Rencontre avec « le Facteur Cheval du XXIe siècle » en couverture du Dauphiné libéré Dimanche

RENCONTRE AVEC LE FACTEUR CHEVAL DU XXIe SIÈCLE

UNE DEMEURE POUR LE CHAOS

La Demeure du Chaos, un parfum de « guerre des civilisations » …
A Saint-Romain-au-Mont-d’Or (Rhône), l’homme d’affaires Thierry Ehrmann a entrepris de transformer sa maison en œuvre d’art post-moderne. Le 11 septembre est passé par là, effet choc garanti !
Mais cette monumentale initiative ne fait pas l’unanimité. Et le maire du village se tourne vers les tribunaux…

REPORTAGE
DANS LE LYONNAIS, QUERELLE ESTHÉTIQUE ENTRE LES ANCIENS ET LES POST-MODERNES

C’est de l’art, ça ?
A Saint-Romain-au-Mont-d’Or (Rhône), Thierry Ehrmann se verrait bien en  » Facteur Cheval du XXIe siècle « . Mais sa  » Demeure du Chaos « , choc artistique de l’après 11 septembre ne fait pas l’unanimité. Le maire a porté l’affaire en justice.
DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL
GILLES DEBERNARDI

En bas, coule la Saône. Le restaurant d Paul Bocuse est à portée de fourchette, peut-être pas de porte-monnaie. Taillé dans la pierre dorée du Couzon, Saint-Romain-au-Mont-d’Or tient lieu de village résidentiel pour les Lyonnais fortunés. Son église du XIIe siècle, son manoir, la pureté du style roman à chaque coin de rue… tout ici, chante la douce France. Enfin presque. Au milieu de ce décor figé, l’ancien relais de poste – gigantesque bâtisse barbouillée de noir – étonne et détonne. Un graffiti en guise de bienvenue. On reconnaît l’écriture de Ben, l’avant-gardiste qui ne conçoit pas que des tee-shirts :  » La fin du monde approche « . La métaphore sous-tendue par une volonté  » de casser la normalisation en renouant avec l’utopie « , a le mérite d’être claire. C’est comme si une pluie de météorites s’était abattue sur ce paysage éventré, champ de ruines industrielles et humaines d’où émerge une sculpture monumentale représentant le  » Ground Zéro  » new-yorkais. Une carcasse d’avion gît dans le jardin, des tanks, aussi. Parfum de 11 septembre, guerre des civilisations… la  » Demeure du Chaos  » ne fait pas dans la gaudriole. Ni son postulat artistique de supprimer  » toute trace bourgeoise  » pour annoncer les temps nouveaux. En cet étrange domaine ouvert à tous les néo-courants créatifs, des floppéess d’artistes internationaux – jour et nuit – usinent joyeusement.
Une ambiance « comme à Gaza »

Le résultat fait l’effet d’un coup de revolver tiré dans un salon. Sacrément dérangeant. Sur les façades anthracite parsemées de plaques sanguinolentes, apparaissent les très réalistes portraits d’Arafat et de Sharon, Jean Paul II et Ali Agça, Zarkaoui, Bush, Tony Blair, Ben Laden, Khomeyni. Du trottoir bombardé surgit une coulée de lave, ces tuyaux enchevêtrés figurent une pieuvre-fontaine, l’attentat du métro de Londres s’étale en fresque presque hallucinante. On relève encore – par centaines – symboles alchimistes et tags en latin, blasons, tatouages , hiéroglyphes, scarifications. Préposé au portique, Dante eût sans doute écrit :  » Vous qui entrez ici, perdez toute espérance.  » C’est que, pour renaître, il faut d’abord mourir. Au crépuscule, des lumières artificielles illumineront crûment cette funèbre humanité. L’être et le néon.
Sur la pierre dorée du Couzon, un homme a donc imaginé cette dinguerie grandiose. Sa façon  » de vivre avec le XXIe siècle « , dit-il, en se comparant volontiers au Facteur Cheval dont la maison de Hauterives (Drôme) a été classée par Malraux. Il s’appelle Thierry Ehrmann, 43 ans, patron du groupe Serveur, à ranger dans la galerie des  » milliardaires iconoclastes.  » Ce fils de polytechnicien, associé de Bernard Arnault (17% au capital d’Artprice.com) joue dans la cour des grands. Internet a fait sa fortune, mais lui rêvait déjà d’autres toiles, à demeure. Il a commencé par aménager les nombreuses pièces du bâtiment qui abrite aussi ses sociétés. Une centaine d’employés, vissés à leur ordinateur, travaillent là, parmi les têtes de mort. Le bureau du PDG s’agrémente de  » colonnes de la résistance « , blocs de bétons garnis de ferraille  » comme à Gaza  » Ca crée une ambiance.
Ensuite le businessman s’est attaqué aux façades, puis aux abords, dans un mouvement devenu perpétuel :  » Un bunker conçu par l’architecte Rudy Riciotti abritera bientôt  » un musée de l’organe  » au fond du parc « . M. Ehrmann, dans sa démarche de  » déconstruction « , se réclame du philosophe Jacques Derrida :  » Il s’agit de défaire, de l’intérieur, le système de pensées dominant les valeurs traditionnelles « .
« Ma maison est une œuvre d’art… »

Un que cette histoire ne déride guère, c’est le maire de Saint-Romain. Pierre Dumont n’en finit pas de dénoncer  » l’insulte faite à l’esprit du village  » et parle  » d’agression visuelle « . Voir chaque matin, en ouvrant ses volets, la binette de Ben Laden nuirait à la santé. Il redoute aussi un risque de contagion. En contrepoint des  » visions morbides  » d’Ehrmann, son plus proche voisin n’est-il pas en train de transformer sa villa en  » Maison de l’Eden  » ? Celui-là affiche sur son toit les  » dix commandements du bonheur « . Son jardin s’anime de petits bonshommes colorés et rieurs, un peu niais, qui font la nique à  » l’undergound d’en face.  » Derrida n’a qu’à bien se tenir, les Schtroumpfs contre-attaquent !
 » Les habitants qui mettent parfois des mois pour obtenir des Bâtiments de France le droit de percer une fenêtre, ne comprennent pas que la réglementation soit si tatillonne pour les uns et si laxiste pour les autres « , insiste le maire. Mais son contradicteur, juriste de formation, se prévaut d’un cas particulier. Sa Demeure du Chaos est une  » œuvre d’art  » dûment enregistrée comme telle. Dans ces conditions, le code de l’urbanisme le dispense de permis de construire pour  » tout monument n’excédant pas 12 mètres de hauteur et 40 m3 « . Inutile de préciser que ce cadre se trouve strictement respecté :  » Je mesure tout au laser ! Les poutres rouillées de mon  » ground zéro  » , par exemple, culminent à… 11,92 mètres.  »
Thierry Ehrmann, visiblement, se délecte de cette querelle des anciens et des post-modernes. Le naba du net a déjà investi 2,5 millions d’euros dans sa folle entreprise et ne compte pas s’arrpêter de sitôt. Il cite Buren, pourbien se faire comprendre : « Ceux qui vomissent mon œuvre sont les petits-enfants de ceux qui crachaient sur Renoir.  » A l’entendre, ironie comprise, Pierre Dumont serait victime du  » Syndrome de Stendhal « , cet état d’extase provoqué par un choc émotionnel en présence du Beau. Quant à l’atteinte au patrimoine : Moi, sur mes terres, j’ai mis au jour un ancine temple protestant et le cimetière des huguenots jadis massacrés. La municipalité avait posé une ZAC là-dessus.  »
Reste que l’affaire, désormais, se joue devant la justice. Le 10 novembre dernier, le procureur du TGI de Lyon, peu sensible aux subtilités du  » déconstructivisme « , a requis contre Thierry Ehrmann  » 500 000 euros d’amende et la remise en état de sa propriété.  » Le jugement attendu jeudi dernier, a été reporté au 13 février. Entretemps, la Demeure du Chaos se sera enrichie de nouvelles peintures et sculptures. La provocation n’attends pas. Tiens, ce soir, on attend  » des plasticiens métallurgistes venus de Berlin « . Pour leur faire de la place, le maître des lieux – qui se proclame volontiers  » anarchiste  » – a sagement tangé sa grosse voiture dans la cour. Au fait, il avait une Jaguar, Bakounine ?

Gilles Debernardi – Photos Patrick Guyot
copyright ©2006 le dauphiné libéré DIMANCHE – DIMANCHE 15 JANVIER 2006

janvier 15, 2006 Posted by | La Revue de Presse | Laisser un commentaire

ART Une visite de la  » Demeure du Chaos  » en couverture du Monde 2

ART Une visite de la  » Demeure du Chaos  » en couverture du Monde 2

ART
POLÉMIQUE ESTHÉTIQUE DANS LE LYONNAIS

Un homme d’affaires installé dans le village de Saint-Romain-au-Mont-d’Or a entrepris de transformer sa maison du XVIIe siècle en une œuvre d’art digne du XXIe siècle. Des artistes ont ainsi aménagé un espace apocalyptique et dérangeant. L’initiative est contestée. Le maire de la commune a porté l’affaire devant les tribunaux. SOPHIE LANDRIN – PHOTOS SÉBASTIEN EROME / EDITING POUR LE MONDE 2
ŒUVRE d’art OU FOLIE furieuse ?

Au départ de Lyon, il faut remonter la Saône, passer Collonges et le restaurant kitsch-étoilé de Paul Bocuse. A une dizaine de kilomètres du centre de Lyon, au pied du mont Cindre, se niche en retrait de la route l’un des plus beaux villagesde la région, Saint-Romain-au-Mont-d’Or (Rhône). Ce petit joyau du style roman édifié avec la pierre dorée de Couzon au ton ocre et chaud, compte notamment une église du XIIe siècle et un manoir classés à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques.
Depuis plusieurs mois, ce décor paisible et priviliégié, refuge de quelques riches Lyonnais, est le théâtre d’une véritable guerre de tranchées. Le village vit au rythme de la construction controversée de la  » Demeure du Chaos « .  » Une insulte à l’esprit du village  » selon le maire ; une œuvre d’art monumentale  » selon son auteur. En redescendant la rue principale, dans le prolongement de la mairie, le visiteur ne peut pas rater l’objet du conflit: murs d’enceinte éventrés et noircis, facades recouveettes de portraits gémellaires d’Arafat et Sharon, Powell et Zarkaoui, Bush et Ben Laden, peinture sanguinolente, plaques annonçant la  » fin du monde « , coulée de lave, scène de l’attentat du métro de Londres. Le décor est à la fois macabre et provocant. Partout, sur chacune des fameuses pierres dorées, des salamandres on été frappées ou taguées. Des morceaux de ferraille émergent des murs, réplique du  » ground zero  » new yorkais. Des arbres se dressent, racines vers le ciel. Le jardin, visible par endroits, apparaît éventré de météorites, d’avions et d’hélicoptères, jonché de voitures calcinées.

L’ESPRIT DE LA FACTORY

Le propriétaire de ce paysage de guerre, c’est Thierry Ehrmann, patron du Groupe Serveur, qui compte une quinzaine de sociétés – dont Artprice.com, spécialisée dans la cotation en ligne d’œuvres d’art, introduite sur le premier marché boursier. A 43 ans, cet homme d’affaires iconoclaste, cité parmi les cinq cents plus grandes fortunes françaises, a décidé, s’inspirant de la philospohie de Jacques Derrida de  » déconstruirre  » sa demeure – un ancien relais de diligence du XVIIe siècle qui abrite aussi ses bureaux – pour ne faire une œuvre d’art. De jour comme de nuit, des artistes, parmi lesquels l’avant-gardiste Ben, se relayent depuis quatre ans pour façonner cette œuvre au noir.  » Nous prolongeons l’esprit de la Factory d’Andy Warhol « , se félicité Thierry Ehrmann. Parmi les dernières transformations, des poutrelles métalliques éclairées telles les usines du couloir de la chimie au sud de Lyon masqueront bientôt les tuiles romaines, comme une seconde peau. Provocation ? Caprice d’enfant gâté ? Publicité ? Sabordage ou œuvre d’art ?  » C’est une démarche artistique radicale  » conduisant à  » annihiler toute valeur vénale de ce patrimoine « , tranche l’auteur, plasticien lui-même et grand amateur d’art contemporain. L’homme d’affaires explique que le point de départ de cette œuvre est né en 1999 d’un  » refus de l’embourgeoisement « , d’une  » volonté de rompre avec l’attachement maladif des gens à la pierre « . Son projet initial, intitulé  » L’esprit de la salamandre  » qui visait à développer le thème de l’alchimie, s’est radicalisé après les attentats du 11 septembre 2001.  » Ces événements ont changé ma vision du monde, j’ai décidé d’aller plus loin en créant la Demeure du chaos, qui sera ma dernière demeure « , annonce-t-il sibyllin.
La transformation a d’abord concerné l’intérieur de la maison, à l’abri des regards. Les meubles haute époque que le collectionneur avouait avoir chinés pendant vingt ans aux quatre coins de l’Europe ont été remisés, donnés ou carbonisés. Les escaliers ont été fracassés. Les murs, éventrés. Les volets, portes et fenêtres, tagués. La pièce de réception réduite à un boyau pour accueillir un  » temple organique « . Le bureau médiéval de l’entrepreneur a été transformé en une sorte de QG, entouré de  » colonnes de résistance  » comme à Gaza.  » Tout ce qui reste de l’apparat bourgeois doit se noyer dans l’état de guerre « , assure le propriétaire. Pour accéder à son fauteuil de PDG et à ses écrans d’ordinateurs grands comme des télévisions, le businessman doit désormais emprunter un escabeau, enjamber son bureau en métal soudé, quelques têtes de mort, négligemment posées, et veiller à ,ne pas se prendre la tête dans l’enchevêtrement du plafond !
L’intérieur revisité, Thierry Ehrmann s’est ensuite attaqué aux facades. Curieusement, l’auteur a commencé par reconstituer selon les méthodes traditionnelles un mur d’enceinte de 700 mètres en pierre dorée, pour, sitôt fini, le  » déconstruire « . Durant des semaines, le village a observé le spectacle avec effroi. Les pires rumeurs ont alors couru sur la Demeure du chaos et son propriétaire. Certains craignaient qu’elle n’abrite une secte ; d’autres avançaient que l’entrepreneur  » ruiné  » cherchait à rendre sa maison insaisissable; d’autres enfin assuraient que l’homme organisait ainsi sa propre destruction, son suicide social.

2,5 MILLIONS D’EUROS DÉJÀ INVESTIS

 » J’assume la richesse que j’ai bâtie, mais j’ai envie de l’utiliser intelligemment. Cette déconstruction a du sens. L’art est une manière de vivre avec le XXIe siècle. Moi, c’est ma façon de questionner le monde, de renouer avec les utopies « , répond THierry Ehrmann à ses contradicteurs. L’homme a déjà investi 2,5 millions d’euros dans cette déconstruction. Le projet global prévoit la réalisation à l’horizon 2007 du  » musée de l’organe  » qui serait logé dans le  » bunker  » conçu par Rudy Ricciotti et Mathieu Briand.
Dans le village, certains se sont habitués à cette vision. D’autres fourbissent leurs armes. Comme ce voisin, Jean-Pierre Garin, propriétaire d’une maison implantée à 200 mètres, qui a assigné le propriétaire de la Demeure du chaos en janvier 2005 devant le TGI de Lyon pour trouble du voisinage. Ce cadre comptable victime d’un accident vasculaire cérébral soutenait que la vision de la Demeure du chaos contribuait à la dégradation de sa santé, provoquant chez lui  » de graves symptômes de panique journaliers « . Il réclamait la remise en état des murs en pierre dorée. Pour évaluer le préjudice, le président du tribunal en personne s’est déplacé sur les lieux du conflit et a finalement débouté le demandeur.
Le maire du village, Pierre Dumont, a lui aussi choisi de porter l’affaire devant les tribunaux. De sa mairie en pierre, l’élu ne décolère pas, furieux et  » usé « , dit-il, de perdre son énergie dans ce combat lorsque  » tant de choses plus importantes l’attendent « .  » Personne n’a à imposer une telle chose aux autres. C’est une nuisance visuelle. voir une fois des têtes de mort et des portraits de Ben Laden, ça va, mais tous les jours ce n’est pas possible ! « , tempête M. Dumont. Par tous les moyens, l’édile a cherché à s’opposer au projet, sollicitant l’intervention de l’architecte des bâtiments de France, des députés de la circonscription, ou de la préfecture. Après l’échec d’une médiation conduite par cette dernière, il a fini par transmettre au procureur un procès-verbal et le parquet a jugé opportun de poursuivre Thierry Ehrmann pour non-respect du code de l’urbanisme.
L’affaire s’est jouée le 10 novembre. A la barre de la 5e chambre du TGI de Lyon, Thierry Ehrmann s’est livré à un cours magistral sur le statut de l’œuvre d’art. Juriste de formation, l’associé de Bernard Arnault (17% au capital d’Artprice.com) n’est pas homme à se lancer dans une aventure la fleur au fusil. Avant de porter le premier coup de burin et de pinceau, il avait ingurgité son code d’urbanisme et cerné minutieusement son affaire : inscription à la Maison des Artistes dès 1987 en tant qu’auteur, contrat de droit d’auteur dûment enregistré par un officier ministériel le 9 décembre 1999 et envoyé par lettre recommandée à l’architecte des bâtiments de France et au maire. Thierry Ehrmann avait décrit dans le détail son projet artistique avant sa réalisation.
Le concepteur de la Demeure du Chaos prend soin de respecter, au centimètre près, les règles édictées à l’article R 421-1 du code de l’urbanisme, qui dispense de permis de construire les statues, monuments et œuvres d’art ne dépassant pas 12 mètres de hauteur et 40 mètres cubes.  » Je mesure tout au laser « , s’amuse-t-il. Mais l’affaire – jugement le 12 janvier – n’est pas gagnée. Le procureur a requis contre l’homme d’affaires une peine d’amende de 500 000 euros ainsi que la remise en état de sa propriété.
 » Cette déconstruction a du sens. L’art est une manière de vivre avec le XXIe siècle. C’est ma façon de questionner le monde, de renouer avec les utopies  » Thierry Ehrmann, propriétaire de la Demeure du chaos.

Se revendiquant d’une filiation avec le Facteur Cheval, et sa maison d’Hauterives classée par André Malraux, Thierry Ehrmann refuse d’être présenté comme le déclencheur d’un quelconque chaos dans le village. Pour le maire, en revanche,  » cette injure au code l’urbanisme  » est source de toute sles dérives possibles. Et de citer l’exemple du voisin le plus proche de la Demeure du Choas, Marc Allardon, qui a entrepris d’édifier la  » Maison de l’Eden  » en contrepoint au  » délire hystéro-artistique  » (sic) de Thierry Ehrmann. Le jardin de M. Allardon est désormais parsemé de drôles de personnages colorés et simplistes affichant des  » Soyons heureux  » ainsi que les dix commandements du bonheur.
 » Les habitants qui mettent parfois six mois pour obtenir des Bâtiments de France le droit de percer une fenêtre ne comprennet plus que la réglementation soit tatillonne pour les uns, laxiste pour les autres « , s’insurge Pierre Dumont.  » Il n’y a aucune confusion possible, rétorque Thierry Ehrmann. Il appartenait au maire, dîment averti, de réunir ses administrés pour les informer du projet. La Demeure du chaos est une œuvre d’art, personne dans le village ne peut se prévaloir de cet exemple pour ne pas respecter les lois de l’urbanisme.  »
Entre les deux Saromagnots (les habitants de Saint-Romain), la guerre est ouverte.  » Je suis d’un naturel têtu, je ne lâcherai pas « , prévient le maire. De son côté, l’entrepreneur a averti qu’il présenterait une liste apolitique  » Romains libres  » aux prochaines élections municipales.  » Ce seront les élections les plus fun de France « , prédit-il. L’homme d’affaires semble avoir trouvé un terrain de jeu à sa mesure.

SOPHIE LANDRIN

copyright ©2006 LE MONDE 2 > 7 janvier 2006

janvier 7, 2006 Posted by | La Revue de Presse | Laisser un commentaire