Archives mensuelles : mars 2006

La Demeure du Chaos – suite. XVIII

La Demeure du Chaos – suite.

Décidément c’est le monde à l’envers.

Suite au procès qui a fait « entrer la Demeure du Chaos dans l’histoire de l’art », comme le titre notre honorable confrère le Journal des Arts, c’est une véritable foule en procession qui va chaque week-end visiter le Temple de l’Art furieusement contemporain.

Renfort de pelotons de gendarmerie, cellules de crises, Préfecture en alerte, il faut gérer chaque week-end 7 000 à 10 000 visiteurs venus de toute part et parfois de très loin. Ehrmann, notre plasticien déjanté, jubile car chaque visiteur ébahi est un nouveau converti à l’art du Chaos.

Un haut représentant du Ministère de la Culture n’hésitait pas à dire avec une certaine ironie qu’en 3 mois, la Demeure du Chaos aura accueilli plus de
120 000 visiteurs, soit l’équivalent d’une manifestation nationale telle que la Biennale d’Art Contemporain …

D’autres, plus politiques, voient dans les dizaines de milliers de pétitions une fabuleuse machine de guerre où élus de gauche et de droite, et non des moindres (suite dans les prochains épisodes de Lyon People), rêvent de devenir commandeurs des Arts et des Lettres en arrêtant le conflit Ehrmann / Mairie de Saint-Romain-Au-Mont-d’Or.

Côté scoop, Lyon People ne s’était pas trompé. Les Nuits Sonores créent le Chaos Sonore.
On imagine le pire : entre Vincent Carry, éternel trublyon de la scène musicale underground, et notre démiurge, dans leur coproduction chaotique du festival des Nuits Sonores du 24 au 28 mai 2006.
Une affiche mythique des Nuits Sonores est en préparation dans laquelle la Demeure du Chaos est fusionnée dans l’œuvre signée par Bertrand Lacombe.
Le même Bertrand Lacombe est en train de préparer une installation hallucinante, avec Sophie Dejode sur le thème des caméras vidéo interactive.

En dernière nouvelle, deux unités d’habitation abritent jusqu’à fin novembre 2006 successivement plus de 300 taggeurs venant en artistes invités de toute l’Europe.
A lire les noms, Ehrmann ne fait pas dans la demi mesure : ce sont bien les poids lourds du Street Art de Berlin, Londres, Barcelone, qui débarquent à la Demeure du Chaos. Bonjour l’ambiance …

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La Demeure du chaos est-elle K.O. ?

La Demeure du chaos est-elle K.O. ?

L’an dernier, nous avions publié un article sur la Demeure du Chaos de Thierry Ehrmann, à Saint-Romain aux Monts d’or (1). Rappelons que le PDG du groupe Serveur avait, il y a quelques années, pris la décision de radicalement transformer sa vieille demeure bourgeoise en faisant appel à divers artistes, et en mettant lui-même la main à la pâte. Voitures brûlées, murs fondus au chalumeau thermique, avion et hélicoptère crashés dans la cour, réplique des Twin Towers effondrées… la Demeure du Chaos se veut à l’image de notre époque : sombre et violente. Depuis un an, la maison a beaucoup évolué, et le débat juridique qui l’entoure aussi. On savait que le maire de ce petit village avait demandé la destruction de l’ensemble. Le Tribunal de grande instance a statué le 16 février sur le démantèlement du dispositif et le « retour à la normale ». La remise en état des lieux doit intervenir dans un délai de six mois sous astreinte quotidienne de 75 euros. En outre, Ehrmann s’est vu condamné à 20.000 euros d’amende, sa société à 100.000.
Les conclusions du procès sont intéressantes : d’une part, le tribunal reconnaît la Demeure du chaos comme étant une œuvre d’art, statut que lui niaient jusqu’alors ses adversaires. Mais elles la considèrent comme une « œuvre d’art totale, globale », dépassant donc la limite volumétrique de 40 m3 fixée par la loi pour une œuvre d’art. Alors que l’ensemble est constitué de plusieurs œuvres pour lesquelles Ehrmann et les artistes ont bien pris garde de ne pas outrepasser ces dimensions.

Une phrase soulèvera de nombreuses questions : « L’indispensable liberté de création de l’artiste doit trouver ses bornes dans la loi, expression de la volonté générale. »

Si la Demeure du chaos était constituée de cadavres dépecés par un tueur en série, on comprendrait que la loi se montre sévère. Qu’y a t’il de si dangereux en définitive avec la Demeure du Chaos ? Est-ce la peur qu’elle soit à l’origine d’une épidémie créatrice ? Que tout le monde, d’un seul coup, soit pris d‘un désir radical de transformer l’apparence de sa maison ? La Demeure trouve en effet des échos chez des voisins qui se sont mis à ériger des sculptures dans leur jardin, tout cela dans une ambiance plutôt bon enfant. Mais il ne faut pas exagérer : la grande majorité des êtres humains ne ressentent pas le besoin de se démarquer, et la plupart n’ont ni le temps, ni les moyens financiers de se lancer dans de telles activités. On en concluera donc que les autorités s’inquiètent quand les citoyens font preuve d’imagination. Est-ce aussi parce que la Demeure a été décrétée d’une laideur repoussante ? Soyons honnêtes, elle est plus « belle » que nombre d’immeubles construits dans nos villes par des architectes et promoteurs peu soucieux de la forme…
Pour l’heure, Thierry Ehrmann et les artistes ont décidé de réagir en lançant une pétition (www.demeureduchaos.org). On observe actuellement une certaine émulation autour de la Demeure à St Romain, avec un nombre de visiteurs qui ne cesse d’augmenter.

Richard Leydier

(1) Voir artpress 312 mai 2005, p. 36.

« La Demeure du chaos est rentrée dans l’histoire »

THIERRY EHRMANN,
président du groupe Serveur et d’Artprice.com, et sculpteur

« La Demeure du chaos est rentrée dans l’histoire »

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Que devient votre « Demeure du chaos » ?
L’aventure artistique se poursuit plus que jamais et je continue à installer mes propres sculptures monumentales : la dernière en date, Overground, en acier, mesure 11 m de haut et pèse 63 tonnes. J’ai fait appel du jugement du tribunal correctionnel de Lyon du 16 février 2006, m’opposant à la Mairie de Saint-Romain-au-Mont-d’Or (Rhône). Ce jugement, qui reconnaît que « la Demeure du chaos est indiscutablement une œuvre d’art », considère que cette œuvre d’art doit être prise en compte dans sa globalité, et que nous avons dépassé les limites de l’œuvre d’art exemptée de déclaration (en effet, l’article R421-1 du code de l’urbanisme exempte de déclaration les œuvres d’art n’excédant pas 12 m de haut et/ou 40 m3). Ce procès est suivi de très près par le monde artistique et politique et fait déjà l’objet de nombreux débats chez les juristes. Nous avons lancé une pétition avec un objectif de 70 000 signatures à remettre au ministre de la Culture. Avec un peu de recul, ce jugement fait rentrer la « Demeure du chaos » dans l’histoire de l’art, le tribunal ayant demandé en substance la remise en état, donc la destruction de l’ensemble de l’œuvre des artistes qui ont détourné cet ancien relais de poste du XVIIe siècle. Située à Saint-Romain-au-Mont-d’Or et s’étendant sur 12 000 m2, la  » Demeure du chaos  » est une œuvre d’art de collaboration. Depuis 1999, 2 700 œuvres d’art réalisées par une cinquantaine d’artistes y cohabitent. Elles sont toutes nommées, fichées, gérées et leurs droits déposés dans les sociétés de droits d’auteur. Je poursuis la démultiplication de l’art avec comme postulat d’origine : » tout œ qui reste de l’apparat bourgeois doit se noyer dans un état de guerre permanent  » Actuellement, nous sommes en train de monter neuf bunkers de Mathieu Briand, un jeune poids lourd de l’art contemporain sur la scène internationale, et Nicolas Delprat travaille à une installation monumentale. J’invite tout le monde à venir voir sur place ou à consulter www.demeureduchaos.com.

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Armelle Malvoisin-Bianco

copyright ©2006 Le Journal des Arts 17-30 mars 2006

The Neighbor from Hell by artpress

la Demeure du Chaos
de Thierry Ehrmann

Thierry Ehrmann,
the Neighbor from Hell

Travelling upstream along the River Saône from Lyon one comes to Fontaines and, a few meters before Paul Bocuse’s famous restaurant, a strange billboard, graffitied with a sinister skull and the words, « Chaos dwells at Saint-Romain. » A few kilometers further along, here finally is the quiet village thus named, Saint-Romain-au-Mont-d’Or. Well, not that quiet, in fact. Because recently Thierry Ehrmann, CEO of the Serveur group and of Artprice.com has set about « deconstructing his property » and turning it into the « Home of Chaos », a huge work of destruction that is not to everyone’s taste.

The first time I went to the Domaine de la Source, that historic (1) building looked rather different from what we see today. When Thierry Ehrmann bought it with a view to making it both his home and company headquarters, it was a bourgeois manor of some 100,000 square feet, built in the famous golden stone of the Monts d’Or and standing in the privacy of a walled park. But since 2001 this Domaine de la Source has gradually become the Home of Chaos and the walls no longer hide a thing -on the contrary. The scene today is one of desolation, worthy of John Carpenter’s New York 1999. Apocalyptic. On the parking lot a score of charred autos look like wreckage from inner city riots or a terrorist attack. All around, huge meteorites have dug craters while further on a plane has crashed into the garden. But the most spectacular part of all is no doubt the miniature replica of the ruined World Trade Center, a ten-meter sculpture made with 18 tons of steel and 90 tons of concrete. Nearby, ehrmann plans a Berlin Wall that will be transformed into the barrier being put up by Israel in the West Bank.
In places the facade of the house itself has been liquefied, the fine gold stone turned into a muddy lava by a thermal lance. Everywhere you look are metal salamanders and enameled plaques by Ben, esoteric symbols, frescoes, metal beams apparently propping up the brutalized walls. The interior has been transformed too. In Ehrmann’s office, Renaissance paintings and furniture have been replaced by welded metal, rubble walls and cables hanging from the ceiling, making this strategic room look like the headquarters of a secret organization. On the half-collapsed staircases leading to the apartments are strange sculptures and frescoes. The dominant colors, red and black, also play an important role in the symbolism of alchemy. Thus, on the wall of a windowless room called the « Temple of Sex », a huge portrait of Bin Laden evokes the red work while, on the facing wall, the face of George W. Bush symbolizes the black work. It would be impossible to describe all the details -besides the house keep changing. Anny Brunelle, Nicolas Delprat, Marc Del Piano and Ben are among the artists who have helped Ehrmann on this work in progress so far. Next up is the construction of Rudy Ricciotti and Mathieu Briand’s bunker, which will house the Organe, a contemporary art museum. In the apartments the floors will be replaced by ropes so that residents can walk through the air. The rest rooms will be popened up and chemical toilets fitted. As Ehrmann puts it, « It’s the day after. » The atmosphere is one of post-atomic chaos, post-civil war, something very contemporary, not unlike what you see on the TV news. Ehrmann describes himself as a news addict. He must have noticed how the word « chaos » has become a media catch-all, a way of saying that the horror couldn’t get any worse. That’s why he wanted to give tangible and spectacular form to this slow collapse of a mutating world, in a gigantic installation including all the world’s major events and figures -religious, political and intellectual. And without moralizing. But why in his own home? For practical reasons, sure, but also because looking after a nice little property investment probably doesn’t rock Ehrmann’s world. The man is a gambler. To understand how a millionaire with a Midas touch came to be where he is you have to delve into his biography. His is no smooth business profile. The son of an influential member of Opus Dei, Ehrmann made his first big bucks in the 1980s on the back of telematic Minitel, boxing and a whole host of equally incongruous activities. He makes no secret for his mystical past as a Freemason and alchemy nut. Anyway, in the 1990s he founded Artprice, a company specializing in online information about, well, the price of art. The art world got to talking about him when he sponsored the 1999 Lyon Biennale. Ehrmann is an inveterate orgy man and a bigamist. The whiff of sulfur hangs about his person. Some say he is the Devil. And so the shadow of Beelzebub also appears on one painted wall, while upside-down portraits of the twentieth century’s greatest thinkers on the facade add another degree of Satanism. (It is even said Ehrmann had Monseigneur Delorme perform an exorcism on him.) Our modern Satan is building (or unbuilding)a contemporary Inferno in a little village outside Lyon. Stone by Stone. The original neighbor from hell, at least for many locals. The mayor of Saint-Romain has done everything in his power to thwart this « architectural sacrilege » but in vain. A member of the governing party (the UMP) even suggested a special law to bring artworks within the range of urban planning regulations. But he withdrew it. Because this is, officially, a work of art: Ehrmann is registered with France’s Maison des Artistes and deposited the idea for his « Demeure du Chaos » in 1999, before he started work. A man with a legal training, he loves to find loopholes in the law and drive a truck through them. The big debate is whether he’s a real artist or just a slightly crazy millionaire à la Howard Hughes. Both, no doubt. His madness is of the variety that can take you a long way. An example: at a perfectly serious board meeting (members include LVMH CEO Bernard Arnault), screened the film of a performance (2) in which, with bailiffs threatening to slap possession order on his property, he slashes himself with a scalpel. « It’s your madness that I’m buying » said one delighted stockholder when it was over. Against all expectations, the Demeure and the personality of its owner are good for business. So much madness, that uncertainly defined territory that Ehrmann knows well, he who spent several years with the status of « incapable adult ». » As for the « artist » label, it’s not very important. After all, artists with weird lives and minds are no novelty since Art Brut came along. Anyway, the Demeure du Chaos is unique, a kind of post-9/11 version of the Postman Cheval’s « Ideal Palace. » (3) It now attracts a very mixed bag of visitors, from the curious to mystics, graffiti artists and nuns come to pray. Some seven hundred people turn up every weekend, sometimes returning home with a little bit of black stone as a relic. The Demeure du Chaos looks set to run and run.
Translation, C. Penwarden

Information:
www.demeureduchaos.com
www.chaosmansion.com

(1) Gallo-romain ruins were found here. The site was also home to a priory and post house.
(2) Viewable on ehrmann.org
(3) This elaborate construction wich fascinated the Surrealists is just a little further south, at Hauterives.-TRANS.

Richard Leydier
copyright ©2005 artpress

artpress – numéro 312 – Mai 2005
artpress.com

Le chaos gagne la télévision

> Le chaos gagne la télévision

Après avoir mis à rude épreuve la patience des urbanistes avec sa Demeure du Chaos, Thierry Ehrmann s’apprête à agacer les juristes de l’audiovisuel. Il a en effet décidé de faire de la publicité sur TLM pour cette oeuvre d’art monumentale (10 000 m², 452 tonnes d’acier) pourtant quasiment inaccessible au public. Le spot sera diffusé 500 fois sur la télévision lyonnaise (pour commencer). Il est constitué d’un enchaînement ultra rapide de vues dont certaines volontairement provocantes et se termine sur l’adresse du site (www.demeureduchaos.org).
Léger problème : même en passant le film au ralenti, il est impossible de voir toutes les images tant elles défilent rapidement. En fait, on ne sait pas très bien ce qu’il y a dans ce spot. Or la publicité subliminale est interdite sur les chaînes françaises…
Mais puisqu’une œuvre d’art n’est pas astreinte aux règles de l’urbanisme, peut-être qu’une publicité pour cette œuvre d’art n’est pas tenue de respecter les règles de la publicité commerciale.

interMedia – Numéro 859 – 04 avril 2005
copyright ©2005 interMedia

«Violence et Chaos» : De Bruits et de Fureurs

Exposition > « VIOLENCE ET CHAOS » A LA BIBLIOTHEQUE MUNICIPALE DE LYON

DE BRUITS ET DE FUREURS

Images anciennes : la bibliothèque de Lyon réunit autour de ce thème un choix d’estampes issues de ses collections. Visions d’aujourd’hui : à la Demeure du Chaos, Thierry Ehrmann et son équipe poursuivent leur œuvre de métamorphose.

MARTYRES et châtiments divins, rapts et viols, suicides, étripements sur champs de bataille, combats avec des fauves, égorgements d’alcôve, toutes ces brutalités tirées de l’histoire sainte, de la mythologie ou de l’actualité du temps alimentent l’inspiration du corpus iconographique des soixante-seize gravures réunies dans cette exposition. Une exposition destinée en premier lieu à présenter quelques pièces du fonds d’estampes de la BM de Lyon, fonds d’une grande richesse. Principalement augmenté au XIXe siècle, après sa séparation d’avec le fonds Livre, dans une visée plus documentaire que muséale, il compte 50 000 œuvres environ. Parmi lesquels, des chefs-d’œuvre. Ce fonds, en cours de catalogage et de numérisation, dont quelques pièces sont proposées, encore fallait-il trouver un thème propre à offrir le bon échantillonnage des siècles, des écoles et des techniques, pour le présenter de manière pertinente. Parce qu’il est de tous les temps et qu’il résonne non sans force à nos oreilles, le thème de la violence et du chaos a été retenu. De reproduction ou d’interprétation, les premières reproduisant une œuvre peinte préexistante, les secondes étant des créations originales de l’artiste, les gravures – bois, burin, eau-forte, pointe sèche – s’égrènent du XVe au début du XXe siècle.. […]

Retour > LE WORK IN PROGRESS DE SAINT-ROMAIN-AU-MONT-D’OR

DU CHAOS AU CHAOSMOS

DE MOINS en moins ésotérique, de plus en plus exotérique, cette Demeure du Chaos. Ou plutôt du Chaosmos, pour reprendre la terminologie d’Edgar Morin, pour lequel Chaos et Cosmos travaillent ensemble, même si c’est en s’opposant, pour incessamment construire l’Univers. Commencée dans le signe cabalistique, le gothic à connotation satanique, le pochoir artisanal et les inscriptions second degré de Ben, la métamorphose iconoclaste du Domaine de la Source prend de plus ne plus des allures d’installation, l’intervention artistique contaminant peu à peu tout le site. On n’en est pas encore là – trois hectares, il y a de la marge -, mais enfin, depuis notre premier passage, (Cf. Lyon-Figaro du 22 septembre 2004) l’image du chaos, et le chaos lui-même, évoluent. Si la déconstruction systématique continue, avec de plus en plus d’ouvertures très scénographiques dans le mur d’enceinte par exemple, ou encore un bouleversement assez spectaculaire de l’aménagement intérieur des parties privées dans le sens d’un moins habitable, il semble bien que le projet soit à présent plutôt du coté de la construction. Même s’il s’agit toujours d’édifier des images ou des signes du chaos. Comme ce mur qui devrait s’élever cet été dans une partie du parc, en référence autant au feu mur de Berlin qu’à celui qu’a entrepris de bâtir Israël pour protéger son territoire, alors que le bunker abritant le futur musée devrait aussi être mis en chantier. Ou comme le Ground Zero qui, dans la cour devant la maison s’élève depuis quelques semaines. 45 tonnes d’acier IPM et de béton cendré entre platane et cerisier du Japon. Pour ce faire, exit le bassin de pierre et la fontaine romantiques. A leur place s’élève désormais, donnant une impression stupéfiante de ressemblance avec les photos parues dans la presse, une sculpture qui évoque les ruines des deux tours jumelles et martyrs de Manhattan. Cette œuvre, soudée élément par élément, recyclage d’une image médiatisée qui a frappée l’imaginaire collectif, constitue par rapport à l’événement qui l’a suscitée un détournement que chacun interprète comme il veut. Un couple d’Américains y a vu, par exemple, le plus beau des hommages à son pays. Avec son allure de vaisseau naufragé, ses armatures comme des voilures brisées et hérissées surgissant du magma qui l’emprisonne, elle évoque une autre image qui a marqué l’imaginaire, Le naufrage de l’Espoir pris dans les glaces, un tableau de Caspar. David Friedrich, contemporain de l’ouvrage d’Oswald Spengler, Le déclin de l’Occident paru en 1818, le tableau, lui, est de 1821. La fin d’un monde. Une idée au cœur des réactions au 11 septembre 2001, et qui sous-tend tout le projet de la Maison du Chaos : celle de la destruction sacrificielle d’une société. De son immolation. De plus en plus de visiteurs, paraît-il, postulent à la découverte d’un environnement qui s’ingénie à reproduire les stigmates des convulsions contemporaines. Façon, de constater qu’ici, entre gaminerie et démesure, violence et chaos version aujourd’hui puisent comme hier dans l’imagerie de la guerre (le terrorisme n’étant qu’une forme de celle-ci) et l’idéologie, religieuse, de préférence.
Depuis notre premier passage, un avion militaire acquis auprès de Dassault, est venu se poser, genre albatros échoué, sur le terrain en surplomb du parking. Le nombre de carcasses plus ou moins calcinées de voitures et avec ou sans passager a prospéré. Plus encore une ou deux choses non identifiées… Dernier arrivé, et vu encore en l’état, un Hummer, l’air très méchant, d’une beauté aussi impitoyable que rudimentaire. Les bureaux des salariés d’Art price, tout comme celui de leur directeur ont eux aussi subi des changements. Le

« AU FOND, IL Y A L’ESPOIR »

matériel de bureau soudé maison adopte de plus en plus un design des plus primitifs. Aux murs, l’effigie de chefs religieux, l’image du martyr de Gênes. Ca et là, des colonnes un peu frustes que ne renierait pas Pagès et qui portent sur leurs flans, les signes et le chiffre de groupes révolutionnaires. Philosophe, le personnel joue le jeu. Les informaticiens ont juste demandé à ce que le groupe révolutionnaire figurant dans leur local soit dénué de toute obédience religieuse. On a ses convictions.
Dans la maison du Chaos, l’écart entre art et vie quotidienne s’amenuise tranquillement. Comme celui entre Thierry Ehrmann et ce grand œuvre qui, de plus en plus, semble faire corps avec sa vie même. Au point qu’on se dit que la vraie alchimie de toute cette affaire est peut-être là…
« Au fond, il y a l’espoir », dit sérieusement Thierry Ehrmann à propos de son Ground Zero. Vous allez voir, ce chaos germinatif à l’œuvre au domaine de la Source va finir en chaos positif. C’est d’ailleurs comme cela que Karel Appel voyait l’art, comme un chaos positif. Et il l’opposait au chaos négatif, celui de la barbarie qui, écrivait-il, monte autour de nous…
Nelly GABRIEL

Lyon Figaro – Samedi 26 mars 2005
copyright ©2005 Lyon Figaro

La maison du chaos fait toujours parler d’elle

SAINT-ROMAIN-AU-MONT-D’OR

La maison du chaos fait toujours parler d’elle

La maison Ehrmann était le sujet de l’année 2004 à Saint-Romain-au-Mont-d’Or. Une lettre du député Philippe Cochet au gouvernement n’a rien fait avancer

La maison du chaos, propriété de Thierry Ehrmann, est toujours au cœur de l’actualité et de Saint-Romain-au-Mont-d’Or. « Nutrisco et Extinguo, l’esprit de la Salamandre », gigantesque œuvre d’art classée du Domaine de la Source, a déjà fait l’objet de nombreuses réactions et commentaires (voir nos éditions du 8 septembre dernier). Elle est à l’origine d’une lettre du député de la circonscription, Philippe Cochet, envoyée en octobre au Secrétaire d’État au logement.
Le député justifie cette initiative : « Les électeurs ne comprennet pas qu’on leur impose un choix de couleur pour leur domicile, selon la commune où ils s’installent, alors que tout est permis dès qu’il s’agit d’art. Tout citoyen pourrait modifier sa facade ou les parties extérieures comme bon lui semble ». En se dispensant d’un permis de construire.
Philippe Cochet demandait au secrétaire d’État son point de vue sur la question et les modifications qu’il pourrait envisager afin de clarifier le Code de l’urbanisme à ce sujet.

L’œuvre d’art cette inconnue
Pas de quoi perturber le solide Thierry Ehrmann, qui a toujours affirmé être en règle. Il faut dire qu’en terme de législation, l’homme en connaît un rayon et possède un service juridique à toute épreuve. Ses sociétés Serveur et Artprice sont depuis 17 ans des références en matière de codes de loi sur l’œuvre d’Art, sa fiscalité et le marché de l’art, entre autres.
« La France a la meilleure définition au monde de l’œuvre d’art au niveau de la propriété industrielle » selon l’artiste. Il estime que les vraies questions à se poser sont : « Qu’est-ce qu’une œuvre d’art ?
Un tableau avec du beau, répondant à la définition académique du XIXe siècle ? « , et « l’œuvre d’art doit-elle figurer dans le code de l’urbanisme ? Ceci ferait l’objet d’un véritable débat » renchérit-il, intéressé.
Si Thierry Ehrmann estime enfin que « le député a fait perdre son temps au gouvernement avec une question qui n’a pas lieu d’être », Philippe Cochet est plutôt d’avis contraire : « Le cas Ehrmann pourrait très bien faire jurisprudence. » Il se dit prêt à reformuler son courrier en compagnie de l’intéressé pour « combler ce vide juridique ». Les deux hommes se sont rencontrés.
« Nous avons bien discuté. Nous avons le même âge, c’était très intéressant » conclut Thierry Ehrmann, pas rancunier. Il soutient d’ailleurs que « la population s’est accaparée l’œuvre et connaît notre démarche. Les opposants disparaissent de jour en jour. L’acceptation de l’œuvre par les riverains a évolué avec le regard d’autrui. »

Céline Bally et Laurent Jaouen

copyright ©2005 Le Progrès de Lyon


Une « usine permanente »

La maison du chaos, royaume de la salamandre, est selon son propriétaire et créateur Thierry Ehrmann une « usine permanente ». Elle affiche plus de 9 000 interventions et comporte plus de 450 sculptures, une série de portraits inversés, fait appel à 90 disciplines dont la lithographie, la gravure, le travail des métaux, de la pierre, de la terre… La demeure supporte 30 tonnes de roche « déposées » sur le toit. « Les jeunes plasticiens ont un cahier des charges de plus en plus fort. Chacun travaille en superposition avec les autres » annonce le bouillonnant chef d’entreprise qui accueille régulièrement en sa demeure des classes d’architectes, des élèves d’écoles d’art… Depuis 2001, le lieu qui a abrité une bonne vingtaine de plasticiens est aussi un musée international, appelé « L’Organe ». Il ouvrira ses portes au public à partir du printemps 2005.
Laurent Jaouen
copyright ©2005 Le Progrès de Lyon