Presse(s) Materia prima

———-)|(———-

Culture l’évènement IL FAUT SAUVER LA DEMEURE DU CHAOS !

Culture l’évènement

IL FAUT SAUVER LA DEMEURE DU CHAOS !

En condamnant Thierry Ehrmann à remettre en état sa maison du chaos, le tribunal correctionnel de Lyon a fait au patron du groupe Serveur et à sa création très controversée un coup de pub exceptionnel (lire Lyon capitale de la semaine dernière). Jeudi 23 janvier, la diffusion d’un portrait de Thierry Ehrmann sur France 2 et TV5 dans « Envoyé spécial » a apporté à cette affaire un record d’audience télévisuelle. Désormais, les soutiens à la liberté de création affluent sur Internet : la pétition du collectif des quarante-cinq artistes de la Demeure du chaos avait reçu plus de 11 000 signatures lundi 27 février. Plus de 7 000 messages, souvent passionnés, admiratifs, drôles et rageurs, vantent le « génie » de Thierry Ehrmann. Par milliers, les curieux se pressent chaque week-end à Saint-Romain pour découvrir la désormais célèbre maison du chaos. Le buzz est parti, rien ne semble pouvoir l’arrêter. « L’œuvre est envahissante, même pour nous », reconnaît Thierry Ehrmann, dépassé par l’afflux de visiteurs, mais ravi par toute cette agitation qui nourrit son œuvre. Jusque-là, elle se développait dans le secret relatif de son antre et la controverse avec ses riverains. Aujourd’hui, elle croît au grand jour et se nourrit de tous ces apports extérieurs.
Depuis 1999, Thierry Ehrmann travaille, en partie dans l’ombre, à l’édification d’une œuvre originale très personnelle : déconstruire son superbe relais de poste du XVIIe siècle – siège de son domicile et de sa société, artprice.com – en paysage apocalyptique post-11 septembre. « Tout ce ‘ qui reste de l’apparat bourgeois doit se noyer dans un état de guerre », explique-t-il. En sept ans, une cinquantaine d’artistes et plus de 2 500 œuvres ont méthodiquement déconstruit, éventré, maculé son domaine de 1,2 hectare au cœur du village de pierres dorées, des murs d’enceinte aux salons de réception. Coulées de lave, signes cabalistiques et images d’actualité recouvrent les murs à demi calcinés de son domaine, tandis qu’un avion Dassault s’est écrasé dans son jardin et qu’une plate-forme pétrolière a été édifiée sur les toits. Bientôt, des plantes vivaces devraient envahir les sols, condamnant les visiteurs à emprunter des passerelles.
Aujourd’hui, l’œuvre a acquis une telle force artistique et invasive qu’elle semble condamnée à une inexorable progression. À ce stade, le coup d’arrêt de la justice et les attaques du maire ne peuvent que, paradoxalement, la renforcer. « La haine est nourricière », souligne Ehrmann, qui se dit regonflé à bloc par l’adversité ; il a d’ailleurs apposé neuf grands « permis de démolir » autour de sa Demeure (voir en dernière page). Mais à « la haine », Ehrmann a choisi de répondre par l’ouverture. Il prévoit d’accueillir des résidences d’artistes tout l’été et d’ouvrir sa Demeure aux arts vivants pour des lectures poétiques. Il réfléchit aussi aux modalités d’ouverture au public de la Demeure du chaos, en proposant sans doute une série de rendez-vous. Lundi 27 février, il a même écrit aux habitants de Saint-Romain pour apaiser les esprits : « Le collectif des artistes et moi-même avons besoin de votre soutien pour convaincre le maire que la volonté de ses administrés est avant tout d’arrêter cette guerre inutile et coûteuse à la collectivité pour ouvrir les portes de notre village sur le monde. » Ouverture et apaisement sauveront-ils une Demeure du chaos nourrie par la guerre ?

Anne-Caroline Jambaud

LES POLITIQUES LYONNAIS HORS JEU

La notoriété naissante de la Demeure du chaos attribue au paisible village de Saint-Romain-au-Mont-d’Or, commune du Grand Lyon, une publicité dont le maire et certains de ses administrés se seraient bien passés. Du même coup, elle place Lyon sur la carte des « spots » de l’art contemporain. « Dans te cercle de l’art contemporain, on commence vraiment à en entendre parler », selon Richard Leydier, d’Artpress, qui estime qu' »Ehrmann est en train de faire quelque chose de formellement unique; c’est énorme, intelligent spectaculaire, vraiment intéressant ». Ce que les politiques culturelles peinent à faire depuis des dizaines d’années, la Demeure du chaos, initiative 100 % privée, pourrait le réaliser en peu de temps. Pourtant, aucun élu du Grand Lyon – collectivité qui assure le portage politique de la Biennale d’art contemporain depuis 2005 – ne s’est publiquement ému de la démarche du maire de Saint-Romain. Ni du jugement demandant la remise en état, donc la destruction, de la Demeure du chaos. « J’en ai déjà discuté avec le maire de Saint-Romain, mais ce sont deux discours – celui de l’art contemporain et celui de la tranquillité publique – qui sont totalement étrangers et sourds l’un à l’autre « , explique Nadine Gelas, vice-présidente du Grand Lyon en charge notamment des grands événements comme les Biennales. L’élue se demande si l’institution politique a vraiment à se saisir de ce sujet : « Qu’il y ait du conflit n ‘est pas négatif ; l’art contemporain est fait pour perturber. Je ne suis pas sûre que vouloir arranger les choses et réconcilier les contraires soit la meilleure chose. »

copyright ©2006 LYON CAPITALE – Semaine du 28 février 2006 – N°560

Publicités

mars 3, 2006 - Posted by | La Revue de Presse, Petition

Aucun commentaire pour l’instant.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :