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«Violence et Chaos» : De Bruits et de Fureurs

Exposition > « VIOLENCE ET CHAOS » A LA BIBLIOTHEQUE MUNICIPALE DE LYON

DE BRUITS ET DE FUREURS

Images anciennes : la bibliothèque de Lyon réunit autour de ce thème un choix d’estampes issues de ses collections. Visions d’aujourd’hui : à la Demeure du Chaos, Thierry Ehrmann et son équipe poursuivent leur œuvre de métamorphose.

MARTYRES et châtiments divins, rapts et viols, suicides, étripements sur champs de bataille, combats avec des fauves, égorgements d’alcôve, toutes ces brutalités tirées de l’histoire sainte, de la mythologie ou de l’actualité du temps alimentent l’inspiration du corpus iconographique des soixante-seize gravures réunies dans cette exposition. Une exposition destinée en premier lieu à présenter quelques pièces du fonds d’estampes de la BM de Lyon, fonds d’une grande richesse. Principalement augmenté au XIXe siècle, après sa séparation d’avec le fonds Livre, dans une visée plus documentaire que muséale, il compte 50 000 œuvres environ. Parmi lesquels, des chefs-d’œuvre. Ce fonds, en cours de catalogage et de numérisation, dont quelques pièces sont proposées, encore fallait-il trouver un thème propre à offrir le bon échantillonnage des siècles, des écoles et des techniques, pour le présenter de manière pertinente. Parce qu’il est de tous les temps et qu’il résonne non sans force à nos oreilles, le thème de la violence et du chaos a été retenu. De reproduction ou d’interprétation, les premières reproduisant une œuvre peinte préexistante, les secondes étant des créations originales de l’artiste, les gravures – bois, burin, eau-forte, pointe sèche – s’égrènent du XVe au début du XXe siècle.. […]

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DU CHAOS AU CHAOSMOS

DE MOINS en moins ésotérique, de plus en plus exotérique, cette Demeure du Chaos. Ou plutôt du Chaosmos, pour reprendre la terminologie d’Edgar Morin, pour lequel Chaos et Cosmos travaillent ensemble, même si c’est en s’opposant, pour incessamment construire l’Univers. Commencée dans le signe cabalistique, le gothic à connotation satanique, le pochoir artisanal et les inscriptions second degré de Ben, la métamorphose iconoclaste du Domaine de la Source prend de plus ne plus des allures d’installation, l’intervention artistique contaminant peu à peu tout le site. On n’en est pas encore là – trois hectares, il y a de la marge -, mais enfin, depuis notre premier passage, (Cf. Lyon-Figaro du 22 septembre 2004) l’image du chaos, et le chaos lui-même, évoluent. Si la déconstruction systématique continue, avec de plus en plus d’ouvertures très scénographiques dans le mur d’enceinte par exemple, ou encore un bouleversement assez spectaculaire de l’aménagement intérieur des parties privées dans le sens d’un moins habitable, il semble bien que le projet soit à présent plutôt du coté de la construction. Même s’il s’agit toujours d’édifier des images ou des signes du chaos. Comme ce mur qui devrait s’élever cet été dans une partie du parc, en référence autant au feu mur de Berlin qu’à celui qu’a entrepris de bâtir Israël pour protéger son territoire, alors que le bunker abritant le futur musée devrait aussi être mis en chantier. Ou comme le Ground Zero qui, dans la cour devant la maison s’élève depuis quelques semaines. 45 tonnes d’acier IPM et de béton cendré entre platane et cerisier du Japon. Pour ce faire, exit le bassin de pierre et la fontaine romantiques. A leur place s’élève désormais, donnant une impression stupéfiante de ressemblance avec les photos parues dans la presse, une sculpture qui évoque les ruines des deux tours jumelles et martyrs de Manhattan. Cette œuvre, soudée élément par élément, recyclage d’une image médiatisée qui a frappée l’imaginaire collectif, constitue par rapport à l’événement qui l’a suscitée un détournement que chacun interprète comme il veut. Un couple d’Américains y a vu, par exemple, le plus beau des hommages à son pays. Avec son allure de vaisseau naufragé, ses armatures comme des voilures brisées et hérissées surgissant du magma qui l’emprisonne, elle évoque une autre image qui a marqué l’imaginaire, Le naufrage de l’Espoir pris dans les glaces, un tableau de Caspar. David Friedrich, contemporain de l’ouvrage d’Oswald Spengler, Le déclin de l’Occident paru en 1818, le tableau, lui, est de 1821. La fin d’un monde. Une idée au cœur des réactions au 11 septembre 2001, et qui sous-tend tout le projet de la Maison du Chaos : celle de la destruction sacrificielle d’une société. De son immolation. De plus en plus de visiteurs, paraît-il, postulent à la découverte d’un environnement qui s’ingénie à reproduire les stigmates des convulsions contemporaines. Façon, de constater qu’ici, entre gaminerie et démesure, violence et chaos version aujourd’hui puisent comme hier dans l’imagerie de la guerre (le terrorisme n’étant qu’une forme de celle-ci) et l’idéologie, religieuse, de préférence.
Depuis notre premier passage, un avion militaire acquis auprès de Dassault, est venu se poser, genre albatros échoué, sur le terrain en surplomb du parking. Le nombre de carcasses plus ou moins calcinées de voitures et avec ou sans passager a prospéré. Plus encore une ou deux choses non identifiées… Dernier arrivé, et vu encore en l’état, un Hummer, l’air très méchant, d’une beauté aussi impitoyable que rudimentaire. Les bureaux des salariés d’Art price, tout comme celui de leur directeur ont eux aussi subi des changements. Le

« AU FOND, IL Y A L’ESPOIR »

matériel de bureau soudé maison adopte de plus en plus un design des plus primitifs. Aux murs, l’effigie de chefs religieux, l’image du martyr de Gênes. Ca et là, des colonnes un peu frustes que ne renierait pas Pagès et qui portent sur leurs flans, les signes et le chiffre de groupes révolutionnaires. Philosophe, le personnel joue le jeu. Les informaticiens ont juste demandé à ce que le groupe révolutionnaire figurant dans leur local soit dénué de toute obédience religieuse. On a ses convictions.
Dans la maison du Chaos, l’écart entre art et vie quotidienne s’amenuise tranquillement. Comme celui entre Thierry Ehrmann et ce grand œuvre qui, de plus en plus, semble faire corps avec sa vie même. Au point qu’on se dit que la vraie alchimie de toute cette affaire est peut-être là…
« Au fond, il y a l’espoir », dit sérieusement Thierry Ehrmann à propos de son Ground Zero. Vous allez voir, ce chaos germinatif à l’œuvre au domaine de la Source va finir en chaos positif. C’est d’ailleurs comme cela que Karel Appel voyait l’art, comme un chaos positif. Et il l’opposait au chaos négatif, celui de la barbarie qui, écrivait-il, monte autour de nous…
Nelly GABRIEL

Lyon Figaro – Samedi 26 mars 2005
copyright ©2005 Lyon Figaro

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mars 20, 2006 - Posted by | La Revue de Presse

Un commentaire »

  1. Le paysage romantique est à l’image du désir d’absolu qui caractérise cette génération. Autrement, petite erreur, l’ouvrage de Spengler est de 1918 pas de 1818.

    Commentaire par Blog Askesis | juin 15, 2006 | Réponse


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