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La Demeure du Chaos bientôt rouverte, annonce son propriétaire

©AFP Général – Dimanche 28 Janvier 2007 – 16:40 – Heure Paris (412 mots)

Art-urbanisme-sécurité

La Demeure du Chaos bientôt rouverte, annonce son propriétaire

LYON, 28 jan 2007 (AFP) – La « Demeure du Chaos », oeuvre d’art
controversée de Saint-Romain aux Monts d’Or (Rhône), sera rouverte au
public dès samedi prochain, a annoncé dimanche son propriétaire,
l’artiste et homme d’affaires Thierry Ehrmann, dans un communiqué.
La Demeure, un ancien relais de poste du XVIIe « déconstruit » en symbole
apocalyptique, aux murs calcinés et recouverts de portraits de Ben Laden
ou Fidel Castro, avait été fermé au public mi-décembre dans l’attente
d’un audit sur le respect des normes de sécurité.
« Thierry Ehrmann et le Collectif des artistes ont obtenu sa réouverture
avec l’avis favorable du service départemental d’incendie et de
secours », affirme M. Ehrmann, qui dénonce « l’acharnement de Pierre
Dumont, maire de Saint Romain au Mont d’or et son conseil municipal dans
leur +négationnisme artistique+ ».
L’audit a fait suite à première visite de la sous-commission
départementale de sécurité qui avait noté des points litigieux, incitant
l’équipe municipale de cette banlieue chic lyonnaise aux nombreux
bâtiments classés, à demander un examen plus approfondi.
La bataille judiciaire qui oppose M. Ehrmann aux élus de sa ville a
suscité la curiosité de nombreux visiteurs, venant par cars entiers le
week-end visite la Demeure.
Pour le moment, M. Ehrmann a obtenu en septembre 2006, devant la Cour
d’appel de Lyon, le maintien en l’état de l’oeuvre d’art, tout en étant
condamné à une amende de 200.000 euros pour ne pas avoir demandé
d’autorisation de travaux.
Le parquet général de Lyon et la mairie se sont pourvus en cassation.
« L’attendu (de l’arrêt de la Cour d’appel) selon lequel il s’agit d’une
oeuvre d’art pose problème: est-ce que la justice est compétente pour
décider de ce qu’est une oeuvre d’art ? », avait expliqué Jean-Olivier
Viout, procureur général de Lyon.
Par ailleurs, le propriétaire de la Demeure annonce également qu’il
organisera la 1ère « Borderline Biennial of Lyon », ayant pour thème
« l’histoire d’une décennie qui n’est pas encore nommée », sorte de « off »
de la 9e Biennale de l’art contemporain lyonnaise, prévue du 17
septembre au 31 décembre 2007.

hap/mic

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Communiqué de presse Victoire de la Demeure du Chaos

Communiqué de presse Victoire de la Demeure du Chaos

Au regard de l’arrêt de la Cour d’Appel de Lyon du 13 septembre 2006 :

Thierry EHRMANN et le Collectif des Artistes considèrent avoir indiscutablement, au regard de la lecture de l’arrêt, de ses motifs et dispositifs, remporté la victoire contre l’obscurantisme du demandeur, en l’occurrence la commune de Saint Romain au Mont d’Or, représentée par son Maire, Monsieur Pierre DUMONT.

Cette victoire est aussi celle des 54 090 personnes qui ont signé et soutenu la Demeure du Chaos depuis le jugement de première instance.

L’intégralité des 2 500 oeuvres de la Demeure du Chaos est préservée par la décision de la Cour d’Appel et du fait de la capacité souveraine appartenant aux juges quant à la décision de remettre ou non en l’état sur le fondement de l’article L 480-5 du code de l’urbanisme.

A titre subsidiaire :

La SCI VHI a été complètement relaxée.

Quant à Monsieur Thierry Ehrmann relaxé sur les points suivants :
– absence de déclaration préalable de travaux de clôture soumis à déclaration
– co-visibilité avec monument historique
– violation article 11 du POS (harmonie avec le voisinage)
– violation de la hauteur des oeuvres supérieures à 12 mètres

Et condamné à 200 000 € pour absence de déclaration préalable d’une oeuvre supérieure à 40 m3.

On notera que les principales demandes de la Mairie de Saint Romain au Mont d’Or, à savoir la violation du POS (harmonie du voisinage) et la co-visibilité avec un bâtiment historique, ont été déboutées.

En conclusion, et bien au delà d’une stricte lecture juridique de l’arrêt, la Cour d’Appel a su avec une grande sagesse préserver la Demeure du Chaos qui, selon la Presse artistique et internationale, est une aventure et une oeuvre artistique uniques au cours du 21ème siècle.

Communiqué du Collectif des artistes de la Demeure du Chaos

Le collectif des 45 artistes de la Demeure du Chaos, après lecture des motifs du jugement du 16 février 2006 et de son dispositif, considère avant tout autre commentaire comme une véritable victoire la reconnaissance, au regard de la justice, du statut d’œuvre d’art pour la Demeure du Chaos (cf p. 13 du jugement « la Demeure du Chaos est indiscutablement une œuvre d’art »).

Le collectif rappelle que lors de l’audience du 10 novembre 2005, le conseiller aux Arts plastiques de la Direction Régionale des Affaires Culturelles (D.R.A.C.) avait témoigné sous serment de la nature indubitable d’œuvre d’art de la Demeure du Chaos.

Cependant, le Tribunal a appréhendé La Demeure du Chaos comme une œuvre d’art unique et retenu qu’à ce titre elle aurait dû faire l’objet d’une déclaration de travaux préalable dès lors que, selon le jugement, son volume serait supérieur à 40 m3 (article R421-1 du Code de l’urbanisme).

Avec le plein soutien du collectif des 45 artistes de la Demeure du Chaos, Thierry Ehrmann a décidé de relever appel du jugement .
Au delà du débat juridique qui se poursuivra devant la cour d’appel, et sans préjudice d’une solution d’apaisement qu’ils souhaitent et qu’ils s’emploieront à rechercher, Thierry Ehrmann et les artistes collaborateurs ne peuvent considérer comme satisfaisante une décision qui, bien qu’elle reconnaisse le caractère artistique de la réalisation en cause, en ordonne en substance la destruction .

Thierry Ehrmann et le collectif des artistes tiennent en toute hypothèse à réaffirmer leur respect pour l’entourage de la demeure du Chaos, qu’il s’agisse des nombreux admirateurs ou des détracteurs, et leur volonté de voir leurs œuvres, objet intellectuel fondamentalement non-violent, s’insérer au mieux et au plus tôt dans le paysage physique et psychologique de Saint-Romain.

Le Collectif des artistes de la Demeure du Chaos.

Tout le monde signe pour Ehrmann

Tout le monde signe pour Ehrmann

Par Philippe Brunet-Lecomte

Vous avez tous vu « La folie d’un milliardaire », l’autre soir sur France 2 dans Envoyé spécial. Et vous n’étiez pas les seuls puisqu’on était près de 5 millions à être scotchés, malgré l’heure assez tardive. Un documentaire exceptionnel bien sûr, puisqu’il a été produit par LM Production, la filiale image de Lyon Mag’ ! 26 minutes pour raconter l’aven-ture d’un Lyonnais qu’on aime bien, Thierry Ehrmann, mais sur lequel on a porté un regard sans complaisance. Et il faut rendre hommage ici à la téna-cité d’un fidèle de Lyon Mag’, Loïc Tanant, le réalisateur de ce film, et au talent d’Eric Soudan, le patron du service photo de Lyon Mag’, qui a tenu la caméra. Mais aussi à toute l’équipe qui s’est mobilisée pour ce docu-mentaire, sans oublier Noon, la société de production parisienne qui nous a aidés en nous accom-
« La Demeure du Chaos, c’est une petite étincelle dans l’obscurité »

pagnant dans cet univers de la télé. Ce qui souligne la volonté de Lyon Mag’ de s’ouvrir à une autre culture, celle de l’audio-visuel. Et ce n’est qu’un début puisque plusieurs autres films sont en préparation. Sans oublier Lyon Mag’ Télé, notre DVD encarté chaque mois dans Lyon Mag’, qui commence à s’impo-ser. A une époque où la presse, notamment à Lyon, traverse une crise profonde avec la montée du gratuit, il ne suffit pas de pleurnicher. Il faut inventer, prendre des risques… Et vous pouvez compter sur nous !

D’ailleurs, l’exemple de Thierry Ehrmann est saisissant
Car la Demeure du Chaos, c’est au fond une petite étincelle dans l’obs-curité. Un sursaut face à la crise. Car un jour, il y a cinq ans, alors que ce pionnier de l’internet était encerclé, traqué et frappé par les attentats du 11 septembre, il a eu une intuition géniale : accep-ter sa mort et la mettre en scène. Mise en scène symbolique bien sûr. Artistique. Une belle leçon, car face à la crise, il faut savoir monter d’un cran, en quittant la salle des machines pour mon-ter sur le pont, la tête dans les étoiles.
Voilà au fond comment est née cette incroyable Demeure du chaos qui, jusque-là, n’était qu’un banal ramassis de pierres dorées de l’Ouest lyonnais. Voilà com-ment cette maison de « bourges » est devenue un formidable chan-tier avec des dizaines d’artistes en liberté. Cinq ans de délire, de création, de liberté. Et voilà aussi comment Thierry Ehrmann

Bien entendu, il a fallu qu’un élu et un magistrat imbéciles s’interposent Le maire de Saint-Romain-au-Mont-d’Or où se trouve la Demeure du Chaos, qui a porté plainte. Et le juge qui a condamné cette maison à être détruite. Un poli-tique et un magistrat, sacré duo pour cet éternel jeu de rôle qui consiste à dire non à tout ce qui dérange les habitudes, les certitudes et les convenances. Comme des clébards qui aboient au moindre inconnu qui passe. Ils aboient, mais la caravane passe.

Voilà pourquoi il faut tous se lever et signer pour Ehrmann.
Signer sa pétition qu’on a encartée dans Lyon Mag’ et qu’on va encarter dans les cinq autres magazines du groupe Lyon Mag’, qui paraissent dans les semaines qui viennent : Lyon Femmes, Le Nouvel Objectif, Lyon Générations, Lyon Découvertes et même Lyon Foot ! Plus de 100 000 cartes pos-tales avec un texte très court, très sim-ple. Et on va en distribuer autant dans les rues de Lyon mais aussi en expédier dans les boîtes aux lettres de l’agglomération. Pourquoi cette mobilisation géné-
« Pas question de laisser détruire la maison d’Ehrmann par les bulldozers  »

rale ? Parce qu’Ehrmann est un symbole fort face au pouvoir. Pas question de laisser détruire sa Maison du Chaos menacée par les bulldozers. Qu’on aime ou qu’on n’aime pas, que ce personnage nous inquiète ou nous séduise, qu’on le considère comme un génie, un voyou ou un cinglé… Peu importe, il faut signer pour Ehrmann, car au fond c’est un peu d’espoir au cœur de cette crise qui nous paralyse. Car ce patron artiste nous montre que dans la tempête il faut avoir le pied marin. C’est-à-dire être souple, avoir du culot, inventer… Et surtout ne pas avoir peur. L’art comme solution. L’irrationnel comme seule vraie logique. Allez, on signe sans hésiter cette petite pétition contre les bulldozers de la rationalité. Il faut 100 000 signatures pour Ehrmann et son chaos. Avant que la cour d’appel s’en mêle, sans doute au printemps prochain

Pétition encartée dans Lyon Mag

Mars 2006 – N°156 page 7

copyright ©2006 Lyon Mag’

Communiqué du Collectif des artistes de la Demeure du Chaos

Le collectif des 45 artistes de la Demeure du Chaos, après lecture des motifs du jugement du 16 février 2006 et de son dispositif, considère avant tout autre commentaire comme une véritable victoire la reconnaissance, au regard de la justice, du statut d’œuvre d’art pour la Demeure du Chaos (cf p. 13 du jugement « la Demeure du Chaos est indiscutablement une œuvre d’art »).

Le collectif rappelle que lors de l’audience du 10 novembre 2005, le conseiller aux Arts plastiques de la Direction Régionale des Affaires Culturelles (D.R.A.C.) avait témoigné sous serment de la nature indubitable d’œuvre d’art de la Demeure du Chaos.

Cependant, le Tribunal a appréhendé La Demeure du Chaos comme une œuvre d’art unique et retenu qu’à ce titre elle aurait dû faire l’objet d’une déclaration de travaux préalable dès lors que, selon le jugement, son volume serait supérieur à 40 m3 (article R421-1 du Code de l’urbanisme).

Avec le plein soutien du collectif des 45 artistes de la Demeure du Chaos, Thierry Ehrmann a décidé de relever appel du jugement .
Au delà du débat juridique qui se poursuivra devant la cour d’appel, et sans préjudice d’une solution d’apaisement qu’ils souhaitent et qu’ils s’emploieront à rechercher, Thierry Ehrmann et les artistes collaborateurs ne peuvent considérer comme satisfaisante une décision qui, bien qu’elle reconnaisse le caractère artistique de la réalisation en cause, en ordonne en substance la destruction .

Thierry Ehrmann et le collectif des artistes tiennent en toute hypothèse à réaffirmer leur respect pour l’entourage de la demeure du Chaos, qu’il s’agisse des nombreux admirateurs ou des détracteurs, et leur volonté de voir leurs œuvres, objet intellectuel fondamentalement non-violent, s’insérer au mieux et au plus tôt dans le paysage physique et psychologique de Saint-Romain.

Le Collectif des artistes de la Demeure du Chaos.

la Demeure du Chaos de Thierry Ehrmann par artpress

la Demeure du Chaos
de Thierry Ehrmann

Lorsque, en remontant la Saône depuis Lyon, on arrive à la hauteur de Fontaines, on croise, quelques mètres avant le célèbre restaurant de Paul Bocuse, un curieux panneau d’affichage. Taggée d’une inquiétante tête de mort, la pancarte comporte également une inscription à la bombe : « La demeure du chaos est à Saint-Romain. » Quelques kilomètres plus loin, on parvient au village tranquille de Saint-Romain au Mont d’or. Enfin, pas si tranquille, en fait, car depuis quelque temps, Thierry Ehrmann, PDG du groupe Serveur et d’Artprice.com, a entrepris de « déconstruire » sa propriété pour en faire la Demeure du Chaos, une gigantesque installation de 10 000 m2. Une entreprise de création par la destruction qui n’est pas du goût de tout le monde…

La première fois que je suis allé au Domaine de la Source, cette bâtisse ancienne au passé chargé n’avait pas encore son apparence actuelle, Lorsque Thierry Ehrmann en fit l’acquisition pour y installer les bureaux de sa société et son domicile, il s’agissait d’une propriété bourgeoise de 10 000 m² en fameuse pierre dorée des Monts d’or, avec un parc et un mur d’enceinte censé protéger des regards. Depuis 1999, le Domaine de la Source est peu à peu devenu la Demeure du Chaos, et les murs ne dissimulent plus rien, bien au contraire. Dorénavant, c’est un paysage de désolation digne de New York 1997 de John Carpenter. L’effet est apocalyptique. Sur le parking, une vingtaine de voitures calcinées, comme après une nuit d’émeutes dans une banlieue chaude ou à la suite d’un attentat ; tout autour, d’énormes météorites ont creusé des cratères. Plus loin, un avion de ligne s’est écrasé dans le jardin. Mais le plus spectaculaire, c’est sans doute cette réplique des ruines du World Trade Center : une sculpture le dix mètres de haut qui a nécessité 18 tonnes d’acier et 90 de béton. Non loin de là, Ehrmann envisage la construction d’un mur de Berlin se transformant en cette muraille qu’Israël édifie actuellement en Cisjordanie.
La façade de la maison est par endroits liquéfiée, la belle pierre dorée s’écoule en une lave boueuse sous l’action de la lance thermique. Partout, des salamandres en métal et des plaques émaillées de Ben, des symboles ésotériques, des fresques, des poutres de métal IPM qui font mine de soutenir les murs attaqués… Les transformations portent aussi sur l’intérieur des bâtiments. Dans le bureau d’Ehrmann, les tableaux et le mobilier Renaissance ont cédé la place au métal soudé, aux murs de moellons, aux câbles qui pendent du plafond, conférant à cette pièce stratégique l’aspect d’un QG d’organisation secrète. Dans les escaliers à moitié effondrés qui mènent aux appartements, on croise des sculptures et des fresques étranges. Le rouge et le noir dominent, deux couleurs qui jouent un grand rôle dans la symbolique alchimique. Ainsi, sur la paroi d’une salle aveugle nommée « Temple du sexe organique », un immense portrait de Ben Laden évoque l’œuvre au rouge ; tandis que sur le mur opposé, c’est le visage de George W. Bush qui symbolise l’œuvre au noir.
Une réputation sulfureuse
Impossible de décrire tous les détails. D’autant que la maison n’en finit pas d’évoluer : c’est un work in progress pour lequel Ehrmann reçoit le renfort de plusieurs artistes (Anny Brunelle, Nicolas Delprat, Marc Del Piano, Ben…). La suite, c’est, dans le parc, la construction du bunker de Rudy Ricciotti et Mathieu Briand, qui abritera l’Organe, un musée d’art contemporain. Et dans les appartements, il s’agit de substituer au sol des filins permettant de se déplacer dans les airs. Les commodités seront quant à elles ouvertes et remplacées par des WC chimiques. Comme le dit Ehrmann, c’est le jour d’après ».
Donc, une ambiance de chaos, post-atomique, post-guerre civile, quelque chose de très actuel, rien qu’on ne voie tous les soirs au journal télévisé. Thierry Ehrmann se décrit lui-même comme un drogué de l’info. Ces dernières années, il n’a pu que constater la manière dont le mot « chaos » s’est imposé dans la presse pour signifier qu’on ne peut aller plus loin dans l’horreur. Il a donc désiré donner une forme tangible et spectaculaire au lent effondrement d’un monde en pleine mutation, dans une gigantesque installation qui réunit tout ce que notre planète compte d’événements et de personnalités dramatiques dans les domaines religieux, politique et intellectuel- Et ce sans point de vue moral.
Mais pourquoi le faire chez lui ? Pour des raisons pratiques, sans doute, mais aussi parce qu’assurer la pérennité d’un patrimoine immobilier respectable, ce n’est vraisemblablement pas son violon d’Ingres. Ehrmann est un joueur. Si on veut comprendre pourquoi un millionnaire à qui tout réussit en arrive là, il faut fouiller dans sa biographie. L’homme n’offre pas un profil lisse. Fils d’un industriel membre influent de l’Opus Dei, il fait fortune dans les années 1980 avec le minitel, les banques de données, les combats de boxe et beaucoup d’autres entreprises rivalisant d’incongruité. Il ne fait pas mystère de son passé mystique : franc-maçon, passionné d’alchimie…
Dans les années 1990, il fonde Artprice.com, société spécialisée dans l’archivage en ligne des résultats de ventes d’œuvres d’art aux enchères – on commence à parler de lui dans le milieu de l’art en tant que mécène de la Biennale de Lyon en 1999. Partouzeur invétéré, il se dit bigame. Ehrmann sent manifestement le soufre, et le provocateur entretient volontairement cette réputation. Certains disent qu’il est le Diable. Du coup, l’ombre de Belzébuth apparaît sur un mur peint, et les portraits renversés des plus grands penseurs du 20e siècle sur la façade en rajoutent encore une louche de satanisme. Il se serait même fait exorciser par Monseigneur Delorme !
Donc, pierre par pierre, Satan construit un enfer contemporain dans un petit village des environs de Lyon. Et ses voisins ne trouvent pas tous la chose à leur goût. Le maire de Saint-Romain a fait tout ce qu’il pouvait pour contrecarrer cette injure à l’urbanisme local, mais en vain. Un député UMP a même proposé un projet de loi pour que l’œuvre d’art soit soumise au code de l’urbanisme, mais il l’a retiré. Car on parle bien d’œuvre d’art. Thierry Ehrmann s’étant préalablement inscrit à la maison des artistes, et ayant déposé en 1999 l’œuvre conceptuelle « Demeure du Chaos » avant de commencer les travaux. Juriste de formation, son sport favori, c’est de trouver les failles du droit et de s’y infiltrer. On se demandera toutefois s’il s’agit vraiment d’un artiste ou bien d’un millionnaire un peu fou à la Howard Hughes. Sans doute les deux. La folie, revendiquée, est celle qui permet d’aller jusqu’au bout- Un exemple : lors d’une réunion très sérieuse avec les membres de son conseil d’administration (dont Bernard Arnault), il projette le film d’une performance digne des actionnistes viennois dans laquelle, soumis à une saisie d’huissiers, il se lacère le corps avec un scalpel. A la fin de la projection, un actionnaire lui déclare ravi : « C’est votre folie que j’achète. » Contre toute attente, la Demeure et la personnalité de son propriétaire favorisent ses affaires. Voilà pour la « folie », territoire aux limites floues qu’Ehrmann connaît bien, lui qui demanda à vivre plusieurs années sous le régime d’incapable majeur. Quant au label d' »artiste », il importe peu : l’aventure de l’art brut n’a-t-elle pas depuis longtemps attiré l’attention sur des créateurs au parcours atypique ? En tout cas, la Demeure du Chaos apparaît comme un ensemble unique, une sorte de palais idéal du Facteur Cheval de l’après 11 Septembre. Elle attire désormais une faune très diverse : de simples curieux, des mystiques, des graffeurs, des religieuses qui viennent prier… Près de sept cents personnes s’y pressent chaque week-end, emportant à l’occasion un petit bout de pierre noire comme une relique. À mon avis, on n’a pas fini d’entendre parler de la Demeure du Chaos.
Information:
www.demeureduchaos.com
www.chaosmansion.com

Richard Leydier
copyright ©2005 artpress

artpress – numéro 312 – Mai 2005
artpress.com

Thierry Ehrmann, the Neighbor from Hell

la Demeure du Chaos
de Thierry Ehrmann

Thierry Ehrmann,

the Neighbor from Hell

Travelling upstream along the River Saône from Lyon one comes to Fontaines and, a few meters before Paul Bocuse’s famous restaurant, a strange billboard, graffitied with a sinister skull and the words, « Chaos dwells at Saint-Romain. » A few kilometers further along, here finally is the quiet village thus named, Saint-Romain-au-Mont-d’Or. Well, not that quiet, in fact. Because recently Thierry Ehrmann, CEO of the Serveur group and of Artprice.com has set about « deconstructing his property » and turning it into the « Home of Chaos », a huge work of destruction that is not to everyone’s taste.

The first time I went to the Domaine de la Source, that historic (1) building looked rather different from what we see today. When Thierry Ehrmann bought it with a view to making it both his home and company headquarters, it was a bourgeois manor of some 100,000 square feet, built in the famous golden stone of the Monts d’Or and standing in the privacy of a walled park. But since 2001 this Domaine de la Source has gradually become the Home of Chaos and the walls no longer hide a thing -on the contrary. The scene today is one of desolation, worthy of John Carpenter’s New York 1999. Apocalyptic. On the parking lot a score of charred autos look like wreckage from inner city riots or a terrorist attack. All around, huge meteorites have dug craters while further on a plane has crashed into the garden. But the most spectacular part of all is no doubt the miniature replica of the ruined World Trade Center, a ten-meter sculpture made with 18 tons of steel and 90 tons of concrete. Nearby, ehrmann plans a Berlin Wall that will be transformed into the barrier being put up by Israel in the West Bank.
In places the facade of the house itself has been liquefied, the fine gold stone turned into a muddy lava by a thermal lance. Everywhere you look are metal salamanders and enameled plaques by Ben, esoteric symbols, frescoes, metal beams apparently propping up the brutalized walls. The interior has been transformed too. In Ehrmann’s office, Renaissance paintings and furniture have been replaced by welded metal, rubble walls and cables hanging from the ceiling, making this strategic room look like the headquarters of a secret organization. On the half-collapsed staircases leading to the apartments are strange sculptures and frescoes. The dominant colors, red and black, also play an important role in the symbolism of alchemy. Thus, on the wall of a windowless room called the « Temple of Sex », a huge portrait of Bin Laden evokes the red work while, on the facing wall, the face of George W. Bush symbolizes the black work. It would be impossible to describe all the details -besides the house keep changing. Anny Brunelle, Nicolas Delprat, Marc Del Piano and Ben are among the artists who have helped Ehrmann on this work in progress so far. Next up is the construction of Rudy Ricciotti and Mathieu Briand’s bunker, which will house the Organe, a contemporary art museum. In the apartments the floors will be replaced by ropes so that residents can walk through the air. The rest rooms will be popened up and chemical toilets fitted. As Ehrmann puts it, « It’s the day after. » The atmosphere is one of post-atomic chaos, post-civil war, something very contemporary, not unlike what you see on the TV news. Ehrmann describes himself as a news addict. He must have noticed how the word « chaos » has become a media catch-all, a way of saying that the horror couldn’t get any worse. That’s why he wanted to give tangible and spectacular form to this slow collapse of a mutating world, in a gigantic installation including all the world’s major events and figures -religious, political and intellectual. And without moralizing. But why in his own home? For practical reasons, sure, but also because looking after a nice little property investment probably doesn’t rock Ehrmann’s world. The man is a gambler. To understand how a millionaire with a Midas touch came to be where he is you have to delve into his biography. His is no smooth business profile. The son of an influential member of Opus Dei, Ehrmann made his first big bucks in the 1980s on the back of telematic Minitel, boxing and a whole host of equally incongruous activities. He makes no secret for his mystical past as a Freemason and alchemy nut. Anyway, in the 1990s he founded Artprice, a company specializing in online information about, well, the price of art. The art world got to talking about him when he sponsored the 1999 Lyon Biennale. Ehrmann is an inveterate orgy man and a bigamist. The whiff of sulfur hangs about his person. Some say he is the Devil. And so the shadow of Beelzebub also appears on one painted wall, while upside-down portraits of the twentieth century’s greatest thinkers on the facade add another degree of Satanism. (It is even said Ehrmann had Monseigneur Delorme perform an exorcism on him.) Our modern Satan is building (or unbuilding)a contemporary Inferno in a little village outside Lyon. Stone by Stone. The original neighbor from hell, at least for many locals. The mayor of Saint-Romain has done everything in his power to thwart this « architectural sacrilege » but in vain. A member of the governing party (the UMP) even suggested a special law to bring artworks within the range of urban planning regulations. But he withdrew it. Because this is, officially, a work of art: Ehrmann is registered with France’s Maison des Artistes and deposited the idea for his « Demeure du Chaos » in 1999, before he started work. A man with a legal training, he loves to find loopholes in the law and drive a truck through them. The big debate is whether he’s a real artist or just a slightly crazy millionaire à la Howard Hughes. Both, no doubt. His madness is of the variety that can take you a long way. An example: at a perfectly serious board meeting (members include LVMH CEO Bernard Arnault), screened the film of a performance (2) in which, with bailiffs threatening to slap possession order on his property, he slashes himself with a scalpel. « It’s your madness that I’m buying » said one delighted stockholder when it was over. Against all expectations, the Demeure and the personality of its owner are good for business. So much madness, that uncertainly defined territory that Ehrmann knows well, he who spent several years with the status of « incapable adult ». » As for the « artist » label, it’s not very important. After all, artists with weird lives and minds are no novelty since Art Brut came along. Anyway, the Demeure du Chaos is unique, a kind of post-9/11 version of the Postman Cheval’s « Ideal Palace. » (3) It now attracts a very mixed bag of visitors, from the curious to mystics, graffiti artists and nuns come to pray. Some seven hundred people turn up every weekend, sometimes returning home with a little bit of black stone as a relic. The Demeure du Chaos looks set to run and run.
Translation, C. Penwarden

Information:
www.demeureduchaos.com
www.abodeofchaos.org

(1) Gallo-romain ruins were found here. The site was also home to a priory and post house.
(2) Viewable on ehrmann.org
(3) This elaborate construction wich fascinated the Surrealists is just a little further south, at Hauterives.-TRANS.

Richard Leydier
copyright ©2005 artpress

artpress – numéro 312 – Mai 2005
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