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Lettre ouverte à thierry Ehrmann

HUMEUR

L’EDITO

PHILIPPE BRUNET-LECOMTE


Le directeur-rédacteur en chef de Mag2 Lyon s’adresse au fondateur de la Demeure du chaos, condamné par la Cour de Cassation à la remettre en état. Et à travers lui, il s’adresse à tous les “oufs” lyonnais qui font la couverture de ce numéro.

Lettre ouverte à thierry Ehrmann
Mon cher Thierry, toi au moins, ça ne te choquera pas que je tutoie vu que je t’ai immédiatement tutoyé quand je t’ai rencontré pour la première fois, il y a environ 15 ans. Ce qui mérite d’être signalé aux fidèles de cette lettre ouverte car je passe très rarement au “tu”, surtout quand j’ai en face de moi un baron lyonnais.
Ça ne te choquera pas non plus qu’en m’adressant à toi, je m’adresse en fait à tous les “oufs” lyonnais auxquels ce premier Mag2 Lyon de l’année 2010 consacre un dossier que je trouve marrant et assez instructif. Car au final, que serait Lyon sans tous ces “oufs”qui, comme toi, qui secouent cette ville encore coincée dans ses à prioris ?
Bon, je sais, tu as fini l’année 2009, par un “chaos” judiciaire. Car la Cour de cassation vient de te condamner à reconstruire ta fameuse Demeure, que tu déconstruis depuis 10 ans avec méthode en la submergeant d’incroyables performances artistiques.
Je n’ai jamais bien compris sur quelle planète vivaient les juges. Car souvent ils croient condamner mais en fait, c’est l’inverse, ils sacralisent ce qu’ils pensent anéantir d’un geste magistral. Avec cette maison du Chaos, si j’ai bien compris, tu t’es affranchi d’un permis de construire dans les règles. Mais au fond, c’était élémentaire, mon cher Thierry, car tu ne pouvais pas te lancer dans cette aventure avec un certificat de conformité.
Et les juges qui te le reprochent aujourd’hui sont dans l’absurde. Visiblement, ces éminents juristes n’ont pas lu le procès de Kafka !
Bref, c’est le plus joli cadeau qu’ils pouvaient te faire pour Noël, en relançant cette procédure qui avait tendance à s’enliser dans la routine judiciaire. Et la routine, je le sais, tu ne supportes pas. Voilà pourquoi je te demande de bien vouloir adresser à tes juges quelques mots de remerciements en ce début d’année. En les invitant à venir visiter le paradis infernal. En plus pour eux, ce serait une expérience unique : se rendre compte sur le terrain de la réalité d’un de leurs “dossiers”qu’ils ont jugé du haut de leur perchoir parisien, emmitouflés dans leur hermine d’un autre siècle.
Bref, te voilà reparti dans un nouveau combat judiciaire. Car j’imagine, tu vas saisir la Cour européenne des droits de l’homme. Et s’il le faut, tu iras plus loin car il doit bien y avoir un tribunal mondial, voire interplanétaire qui sera enfin sensible à tes arguments de bon sens. C’est-à-dire que le droit ne peut pas se hisser dans cet univers insaisissable de la création.
Rassure-toi, Thierry, par cette lettre ouverte, je ne veux pas prendre ta défense face à ces juges qui ont sanctifié ton chaos car tu te débrouilles très bien tout seul pour t’enfoncer ! Mais je veux simplement te dire que je reste un de tes fidèles. D’ailleurs, je ne compte plus les “dîners de cons”où j’ai pris un vrai plaisir à m’insurger contre ceux qui propageaient des pauvres rumeurs sur toi. Tes mille et une femmes, les mille et une faillites, tes mille et une brutalités, perversités et autres obscénités diaboliques….
Ce qui m’a toujours fait rigoler, c’est la gueule de tes ennemis qui se pincent le nez en parlant de toi. Ces bienpensants aux airs de velours, ces costards rigides cravatés de gris, ces chanoines gras et repus… Des airs si convenables qui dissimulent tant de vraies turpitudes. Lyon qui pèse, Lyon qui prie, Lyon qui compte. Lyon trouillard. Les vrais “oufs, c’est pas toi, c’est eux. Car ils naviguent à vue, l’oeil rivé sur eux-mêmes et sur leurs petits intérêts. Un peu court.
Voilà, mon Thierry, je conclurai en te disant merci. Et à travers ce merci, en rendant hommage à tous les “oufs”de Lyon qui font que, malgré tout, j’adore cette chienne de ville.
Merci aussi parce que seul un “ouf”comme toi pouvait soutenir un magazine de “ouf”comme Lyon Mag, devenu par miracle Mag2 Lyon. Jamais tu ne nous as laissé tomber, malgré les chaos qui ont jalonné nos quinze ans d’histoire. Et tu as toujours tenu parole, contrairement à d’autres barons si respectables. Sans jamais rien exiger en retour, si ce n’est que nous restions fidèles à nous-mêmes.
J’en profite pour adresser, en ce début d’année 2010, un petit message à l’équipe de ce Mag2Lyon, qui va fêter son premier anniversaire dans quelques semaines. Tu le sais, j’ai décidé de me “casser”cet été, pour permettre à ce magazine de “déconstruire”tranquillement son avenir. Et je leur dirai en toute franchise : vous aussi, sachez rester “ouf”. Ce qui est très exigeant. Mais c’est la seule façon d’être vraiment raisonnable !

copyright ©2010 Mag2Lyon – Janvier 2010

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 » L’économie s’inspire de la théorie du chaos « 

TENDANÇOLOGIE

 » L’économie s’inspire de la théorie du chaos « 

Ronan Chastellier rencontre Thierry Ehrmann, 46 ans, fondateur du groupe Serveur et acteur majeur des banques de données économiques. Ce patron anticonformiste qui a baptisé le siège de son entreprise la « Maison du Chaos » a créé en 1997 artprice.com, aujourd’hui leader mondial de l’information sur le marché de l’art, et développe aussi une oeuvre d’artiste plasticien.

Vous êtes un pionnier dans les banques de données sur Internet. La compilation des données, c’est tendance ?
Il y a aujourd’hui une curiosité spécifique qui rend ces données attractives. Elles permettent un traitement géopolitique de l’économie pour identifier les zones de fragilité, l’absence de droit, tout ce qui équivaut à des opportunités, des tendances. Mais il faut faire parler entre elles ces données primaires, non agrégées. D’anciens officiers traitants de la DGSE travaillent pour nous, ils possèdent une bonne grille de lecture des évènements. On emploie aussi des « nerds », des obsédés du Wab au profil plus boarderline. Partout l’intelligence économique croît.

Avec la création d’Artprice, vous avez choisi un registre plus glamour…
Mais tout aussi chiffré ! Dans l’art contemporain, il y avait de grands initiés et des victimes. En diffusant grâce à Internet une somme de connaissances sur le marché de l’art, artprice.com a apporté de la transparence là où gouvernaient les menteurs fascinants.

Le chaos pour vous, c’est Internet ? Peut-il aujourd’hui encore changer la donne ?
On est à 2% des possibilités sur Internet. Il y a un Internet profond, des espaces vides que l’on continue à défricher. Surtout, on y trouve un duel d’intelligence permanent. Partout des gens créent et produisent. Et ces créations conservent un esprit de marginalité, loin des conformismes. L’essence est par essence mutante. Elle s’inspire de la théorie du chaos, d’un modèle non reproductible. Tous les jours, il faut y aller à l’instinct.

Le métier de chef d’entreprise est-il compatible avec celui de sculpteur plasticien ?
Dans le métier d’artiste, on pense, on pose des questions en créant des oeuvres. Dans l’économie, on apporte des réponses et tout se normalise, devient monochrome, d’où le désir d’art. L’art reste une manière suprême d’imposer ses idées. C’est au dessus des marchés financiers.

La Bourse, ça vous inspire en tant qu’artiste ?
Il y a une poésie derrière les chiffres. La Bourse, c’est animal. Tout sauf comptable. C’est un théâtre d’ombres et de lumières, la dernière grande tragédie humaine où il faut savoir être mortifié pour remonter. J’ai perdu 5 millions d’euros en vingt minutes pour ne pas l’avoir compris. Par orgueil. En tant qu’artiste, j’ai voulu faire une oeuvre sur la Bourse. Je l’ai appelée le Cri…

Ronan Chastellier

Ronan Chastellier est auteur de « Tendançologie » (à paraître en septembre aux Editions Eyrolles).

copyright ©2008 Le Figaro Réussir – 15 septembre 2008